samedi 27 octobre 2012

Vacances à la neige


© Photo Allan Teger


Ils roulaient depuis déjà presque quatre heures sur cette autoroute du soleil qui portait bien mal son nom ce jour-là. Le ciel était désespérément bas et gris. Un léger crachin tombait. L’ambiance dans l’habitacle n’était pas plus gaie. Elle n’avait pas desserrée les dents depuis leur départ, malgré ses quelques tentatives pour engager la conversation. De guerre lasse, il avait fini par allumer l’autoradio et rechercher les stations qu'elle aimait. Mais même la musique ne semblait pas vouloir la détendre. 

« On arrive à Lyon, on s'arrête pour manger, d'accord ? »

Il savait qu'elle adorait cette ville et il était sûr de lui faire plaisir en s’y arrêtant. 

« Si tu veux » se contenta-t-elle de répondre du bout des lèvres. 

Décidément, rien ne pourrait y faire...

Alors qu'ils sortaient du tunnel de la Croix Rousse et qu'ils s’engageaient sur les quais, il s’émerveilla une nouvelle fois de la beauté de cette ville. Même sous la neige qui commençait doucement à tomber, elle savait garder son charme. Bon, où allaient-ils manger? C’était elle la spécialiste de cette ville, mais vu son humeur grincheuse, il préférait ne pas lui poser la question. Il décida de se garer place Bellecour. Ce n’était peut-être pas l’endroit le plus romantique de Lyon, mais il était au moins sûr de trouver un restaurant où ils seraient servis rapidement. Il n’avait pas envie de perdre trop de temps. 

Une fois le moteur arrêté dans le parking sous-terrain de la place, il se tourna vers elle et la regarda droit dans les yeux. 

«Tu veux une fessée toute suite ou on va d'abord manger ? » 

Il l'observait. D'ordinaire, cette simple phrase aurait suffi à la faire légèrement rougir. Ses épaules auraient fait ce petit mouvement en arrière si typique de son trouble. Elle se serait mordue les lèvres et aurait baissé légèrement le regard. Il aurait presque pu sentir cette petite boule qui venait se loger dans sa gorge à chaque fois. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. Elle se contenta de sortir de la voiture et de claquer la portière. Assurément, quelque chose ne tournait pas rond. 

En sortant du parking, le vent glacial qui soufflait par rafales les saisit. Il lui prit le bras et ils se hâtèrent de rejoindre la rue Mercière où il savait trouver un choix de restaurants. 

« Qu'est-ce que tu veux manger? » 

« J'ai pas trop faim, tu sais. » 

« Ça ne va pas m'aider à choisir le restaurant » ironisa-t-il. 

Ils s'engouffrèrent donc dans le premier venu, une brasserie au décor 1900 où trônaient sur les murs les photos dédicacées de quelques artistes qui avaient dû fréquenter ce lieu. 

Une fois attablée au chaud, il commença à l'observer. Elle était pâle. Ses traits étaient tirés. De grandes cernes se dessinaient sous ses yeux. 

« Tu es malade? » 

« Non » répondit-elle, un peu précipitamment. 

Il la regardait d'un air perplexe lorsque le serveur arriva pour prendre les commandes. 

« Tu veux un apéritif ?» 

« Non, merci » 

« Tu peux en prendre un si tu veux, tu n'auras pas à conduire, tu sais. » 

« Non, je ne veux pas boire, merci. » 

« Ça aurait peut-être pu la détendre un peu…» grommela-t-il en lui-même. 

« Et que veux-tu manger? » 

« Une salade, ça ira» 

« C'est tout? Ça ne va pas beaucoup te réchauffer.» 

« Je t'ai dit que je n'avais pas faim. » 

« Bon, moi je me laisserais bien tenter par un tablier de sapeur » 

« Ah non, si tu manges ça, je vais vomir... »

« Mais qu'est-ce que tu as? Tu es malade? Dis-moi... » 

« Je t'ai déjà dit que non! » 

Pour lui faire plaisir, il changea son choix et commanda une grillade. 

Une fois leur plat terminé, il lui demanda si elle désirait un dessert, offre qu'elle déclina bien évidemment. Tant mieux, il lui tardait d’arriver à la station et de tirer les choses au clair. 

Après avoir réglé, ils se dépêchèrent de regagner la voiture. Les flocons de neige tombaient dru et il commençait vraiment à s'inquiéter. Contrairement à elle, il n'était pas un habitué de la montagne. Son domaine à lui, c’était plutôt l'océan... 

Malgré la neige qui ne cessait de tomber, les routes étaient bien dégagées et ils finirent par atteindre la station avant le coucher du soleil. Ils avaient loué un petit appartement dans une résidence plutôt cossue, juste au pied des pistes. Une fois les formalités d'entrée effectuées, le matériel de ski rangé dans les casiers, ils se retrouvaient enfin seuls dans l'appartement. Il la regardait du coin de l'œil. Elle avait l'air tellement las. 

« Viens ici » lui dit-il en lui saisissant le bras. Il voulait la regarder droit dans les yeux mais elle détournait toujours le regard. 

« Regarde- moi! ». 

Son ton était sec et sans équivoque. Elle obéit et leva lentement les yeux vers lui. 

« Maintenant dis-moi ce qui ne va pas. » 

« Rien, tout va bien. » 

« Je sais bien que ce n'est pas vrai »

« Oh, fiche moi la paix! » 

« Ok, ça suffit comme ça. Baisse ton pantalon. Ta culotte aussi » dit-il, bien décidé à découvrir le fin mot de toute cette histoire. 

Elle hésita un instant mais savait qu'il n'y avait de toute manière aucune échappatoire possible. Elle s'exécuta donc avec regrets. Elle sentait le rouge monter à ses joues, sans rien ne pouvoir y faire. 

« Bien, maintenant dis-moi ce qui ne va pas. » 

Elle le regarda mais fit non de la tête. 

« Tu es bien sûre? Tu sais ce que ça veut dire? » 

Elle gardait les yeux fixés au sol et ne semblait pas décidé à répondre. 

« Pardon? » dit-il en haussant le ton. 

« Oui » répondit-elle en un souffle. 

Il s'assit, la tira à lui et l'allongea sur ses genoux. Elle frissonnait. Il balaya les cheveux qu'elle avait sur le front pour s'assurer qu'elle n’avait pas de fièvre, mais tout semblait normal. Il commença donc à claquer ses fesses, assez durement. C'était une punition et il voulait qu'elle le sache. Mais elle éclata en sanglots au bout d’une vingtaine de claques à peine. Non, décidément, quelque chose clochait. Elle n'était pas du genre à pleurer aussi facilement! Il décida d’arrêter là la punition, de la relever et de la prendre sur ses genoux. Ce n'était plus des pleurs mais un torrent de larmes qui s’écoulaient contre sa poitrine. Il ne dit rien. Il attendait qu'elle se calme en caressant doucement ses cheveux. Lorsque les larmes commencèrent enfin à se tarir, il la prit dans ses bras et l’amena dans la chambre, la coucha sur le lit, lui enleva le pantalon et la culotte qui étaient restés piteusement accrochés à ses chevilles. 

« Maintenant, tu me racontes? » lui murmura-t-il à l’oreille. 

Elle le regarda longuement dans les yeux, se mordit les lèvres, puis laissa échapper le secret qui la tourmentait depuis quelques jours. 

« J’ai peur que tu le prennes mal. On n'avait pas encore vraiment parlé d'avoir des enfants mais … voilà, je suis enceinte... » 

« Quoi, mais tu prends la pilule, non? » 

« Oui » 

« Tu en as oublié? » 

« Je ne sais pas, franchement, je ne sais pas». 

Passé le choc de la nouvelle, il éclata de rire. « Mais c’est une merveilleuse nouvelle. Nous allons être parents! ». Il avait l’air sincèrement heureux, très heureux même. Elle se sentit d'un seul coup très légère, tel un papillon, elle aurait pu s'envoler! Il était heureux, elle était heureuse, tout le stress qui l'étouffait ces derniers jours s'était évanoui. 

« Tu sens quelque chose? » lui demanda-t-il en lui caressant doucement le ventre. 

« Mais non, il ne mesure que quelques millimètres... » lui répondit-elle en souriant. Mais soudain, plus soucieuse « Dis-moi, quand il sera là, on gardera toujours notre complicité, n'est-ce pas ? » 

« Bien sûr, il faudra juste faire un peu attention, travailler ton organisation… » 

Elle blêmit. "Organisation", le mot de la langue française qu'elle détestait le plus… 

« De jolies fessées en perspective, n'est-ce pas ? » lui dit-il avec un sourire espiègle. 

Inconsciemment, elle effleura ses fesses du bout des doigts. Elle sentait les papillons virevolter dans son estomac, rien qu'à cette idée. 

« Mais s'il ne fait que quelques millimètres, nous avons encore pas mal de temps devant nous … » lui murmura-t-il à l'oreille, tandis que sa main descendait lentement vers le bas de son ventre, effleurant doucement ses lèves, son clitoris...  Il pouvait sentir son désir et s'en amusait. 

« Viens! » lui dit-elle en l'attirant à elle. 

Ils firent l'amour, tendrement, sans violence cette fois, peau à peau, unis l'un à l'autre dans le même instant de jouissance. 

Après un petit moment de repos, il lui glissa dans l’oreille : 
« On va dîner, tu dois avoir faim, maintenant... et après tu seras doublement punie… ».

« Doublement ? » lui demanda-t-elle avec un sourire amusé. 

« Oui, pour m'avoir caché des choses et pour m'avoir fait passer le plus mauvais voyage en voiture qu'il m’ait été donné de vivre… mais d’abord, je vais prendre une douche ! ». 

Quand il ressortit de la salle de bain, elle dormait profondément. 

« Je suppose que la punition peut attendre demain » se dit-il en tirant doucement la couverture sur ses épaules pour qu'elle n'ait pas froid.





14 commentaires:

  1. Sophie27/10/12

    bien jolie histoire. Comme quoi, ça peut être romantique une fessée.

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  2. Merci beaucoup Sophie pour votre commentaire. Je pense effectivement que la fessée est un acte d’amour follement excitant et que cela peut être réellement très romantique… si l’on a trouvé le bon partenaire, bien entendu :)

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  3. J'ai déjà réfléchi à ce que pourrait donner un récit de fessée à la neige... J'aime beaucoup votre solution! Non seulement parce que je trouve que les longs trajets sont très propices à nos fantasmes (et pratiques). L'issue est vraiment inattendue, et la touche de tendresse dans le geste final me touche beaucoup.

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    1. Merci Simon! En fait,ce n'était pas exactement l'histoire que j'avais en tête quand j'ai commencé à écrire, mais je crois qu'entendre les rires des enfants à travers la maison (vacances de Toussaint oblige)m'a quelque peu influencée... :)

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  4. Anonyme31/10/12

    Et Simon parle en connaissance de cause !

    http://cgi.ebay.fr/original-redaction-anonyme-manuel-dentretien-de-moto-/150933334514?pt=FR_JG_Bateaux_Pi%C3%A8ces&hash=item232453e9f2

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    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    2. Pour moi c'est un coup de Constance ! C'est vrai qu'elle est sympa cette rédaction, mais 4 millions d'euros... il ne faudrait quand même pas exagérer, Constance!!! :-D

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    3. Non, on n'était pas au courant, mais bon... Comment vous êtes tombée sur le lien de la vente, déjà?
      (4 millions, ça nous fait une sacrée valeur marchande... Mais la rédaction était disponible gratuitement sur le blog, je trouve ça un peu con. Enfin bon.)

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    4. Mince, j'étais persuadée que c'était vous qui étiez à l'origine de tout cela... Bon, on ne saura jamais, vu que c'est envoyé par quelqu'un d'anonyme... Il me semble que c'est dommage de prendre autant de temps pour faire une blague et de rester anonyme (si, moi je la trouve sympa cette blague... 4 millions tout de même!). Bon, pas sûre qu'il y ait eu des enchères par ces temps de crise :-)

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    5. Non, sincèrement je n'aurais même pas l'idée de faire quelque chose d'aussi, euh... inutile? peu constructif? dénotant un trouble de la personnalité qui vise à quémander de l'attention tellement on se sent mal dans sa peau?
      Nan, je déconne.
      Par contre, si vous vouliez bien me dire comment vous êtes tombée là dessus, ce serait mignon.

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    6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    7. Oui, le lien est donné dans le commentaire... sous la rubrique e-bay - entretien de moto (?). Désirez-vous que j'efface ce commentaire du blog?

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  5. Je crois que ce n'est pas la peine... Quelqu'un a fait une blague (je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, mais globalement, je ne vois pas ce qu'il cherche), mas après tout - oui, ça permet de remonter à notre blog, et alors? La rédaction y est déjà, avec toutes les circonstances dans lesquelles je l'ai faite pendant mes heures de colle, et il y a déjà le texte tapé. Tant que ça remonte à Constance et Simon et pas à nos vies officielles, ce n'est pas encore un problème.

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  6. Annonciate16/6/14

    Un récit comme je les aime. Beaucoup d' imagination pour trouver des sujets, des sujets de choix que l'on prend grand plaisir à lire.

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