mercredi 2 janvier 2013

Auriez-vous tort, Madame?




Simone de Beauvoir pensait qu'il n’existait pas biologiquement de « deuxième sexe », qu'on ne naissait pas femme mais qu'on le devenait, par la force de la société. 

Pour elle, avant la puberté, il n'y a aucune différenciation « biologique » ou « psychologique» entre le garçon et la fille, cette dernière étant tout aussi robuste que ses frères et manifestant les mêmes capacités intellectuelles. 
Mais dès leur petite enfance, leur vocation de « femmes » ou d’« hommes » est impérieusement insufflée aux enfants par leurs parents et leur entourage. 
La soumission qui caractérise essentiellement la femme « féminine » est un trait qui se développe en elle dès ses premières années. Mais ce n’est pas une donnée biologique, c’est un destin qui lui est imposé par ses éducateurs et par la société. 
A la femme on apprend que pour plaire il faut chercher à plaire, il faut se faire objet et qu'elle doit donc renoncer à son autonomie. On la traite comme une poupée vivante et on lui refuse la liberté. Et ainsi se noue un cercle vicieux car moins elle exercera sa liberté pour comprendre, saisir et découvrir le monde qui l'entoure, moins elle trouvera en lui de ressources, moins elle osera s'affirmer comme sujet. 
Mais quand on lui donne une formation virile, beaucoup de problèmes lui sont alors épargnés et c'est là le genre d'éducation qu'un père dispense volontiers à sa fille. Les femmes élevées par un homme échappent en grande partie aux tares de la féminité… mais la société s'oppose à ce qu'on traite les filles tout à fait comme des garçons et ce monde qui a toujours appartenu aux hommes est encore entre leurs mains. Les droits sont bien loin d'être partout intégralement reconnus aux femmes et entre les deux sexes, il n'y a pas de véritable égalité. 

Tel était le monde, d'après Simone de Beauvoir, après la seconde guerre mondiale. Bien que je n'ai pas connu cette période, je pense que sa compréhension était plutôt juste et que, grâce à elle et à son combat, la condition des femmes a profondément et heureusement changée. Mais avait-elle entièrement raison quand elle disait que la condition féminine n’était que le résultat de l'éducation et de la société? 

Personnellement, je suis née dans les années 70, années de la libération de la femme. 
A cette époque, si la femme commençait tout juste à prendre sa place dans la société, on ne se posait pas encore trop de question sur l’éducation des enfants et son éventuelle répercussion sur leur psychologie à l’âge adulte. 
Dans ma famille, nous n’étions que deux enfants (j’ai un frère, de trois ans mon aîné). Mon père semblait avoir plus d’affinité avec moi (nos caractères étant assez semblables) tandis que mère avait plus d’affinité avec mon frère... du coup chacun « avait un peu le sien » (je pense que de nos jours les parents font bien plus attention à ne pas faire de différence affectives entre leurs enfants, et c’est heureux!). 
J’ai donc été élevée davantage par mon père que par ma mère et il nourrissait envers moi les mêmes attentes qu'il nourrissait envers mon frère. J’étais à l’époque plutôt un « garçon manqué », jouant toujours à des jeux «de garçon» (logique, puisque je passais mon temps soit avec mon frère, soit avec mon père). 

Alors d'où vient mon goût pour la fessée, pour la domination «soft»? Pour moi, mon amour de la fessée est partie intégrante de ma féminité. Je n’arriverai jamais à me sentir vraiment féminine si je n’étais pas traitée comme une petite fille sur laquelle on prend le contrôle, au moins le temps de quelques instants magiques. 
Tout cela est pourtant à 100 000 lieux de l'éducation que j'ai reçue, ou même de mon environnement sociétal qui n'a jamais vraiment marqué de différence entre les deux sexes. Il doit bien y avoir une part de génétique là-dedans, n'en déplaise à Mme de Beauvoir…

11 commentaires:

  1. Je ne sais pas s'il y a une part de génétique là dedans. Dans ce cas, mes gènes ont un souci... je plaisante.
    Je pense aussi que Simone de Beauvoir avait une vision assez juste de la façon dont on plaçait les femmes dans la société après guerre. Ma mère est née en 1950. Et elle a connu la glorieuse époque où, quoique majeure et vaccinée, elle avait besoin de la signature de son mari ou de son père pour ouvrir un compte en banque. Ou une femme n'avait pas le droit d'avorter, parce que le corps d'une femme était assimilé uniquement à sa fonction de reproduction et non en tant que possession propre d'un individu (en attendant les hommes n'avaient aucune obligation de reconnaître l'enfant ou de subvenir à ses besoins, tout baigne, de toute façon la fautive, c'était toujours la mère, cette aguicheuse briseuse de ménage).
    Alors oui, il fallait faire quelque chose. Dans la vie de tous les jours, je suis une farouche partisane de la lutte pour l'égalité des hommes et des femmes.
    Oui mais. La vie de tous les jours, et le monde des fantasmes, de l'érotisme, ce sont deux choses bien différentes. On peut être une féministe convaincue, et aimer se soumettre à son partenaire. Il ne manquerait plus qu'au nom du féminisme, on se prive d'une grande source de plaisir!

    Sur ces bonnes paroles, bonne année à vous, chère Amandine!

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    1. Oui, il n’y a aucune contradiction entre être féministe et aimer se soumettre, de temps en temps pour son plus grand plaisir! (Tout comme il n’y a pas contradiction à être féministe et vouloir cultiver quelques spécificités propres à son sexe, ou du moins que l’on se plait à imaginer comme telle pour assurer sa libido… et même si c’est à tort…).
      Très bonne année à vous aussi, chère Constance !

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    2. Constance: J'ai six ans de moins que ta maman. Elle a "connu l'époque" et dans l'absolu moi aussi, certes, mais pas longtemps. Les femmes ont eu le droit d'ouvrir un compte en banque en 65 sans autorisation... Ta mère avait 15 ans.

      La pilule date de 67, remboursée en 74; et la loi Veil date de la même année.

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    3. Vi, mes phrases se sont téléscopées, parce que je les ai réécrites plusieurs fois. Je voulais dire "où, quoique majeure et vaccinée, une femme ne pouvait pas...", parce qu'à quinze ans, on se rend compte de ce qui se passe, tout de même.
      Je connais les dates de la loi Veil, vous savez. Mais je trouve que 1975, c'est tard, à titre personnel. Vous me direz, c'est pas pire que le slogan "la Française doit voter" encore de mise dans les années 1940. Les mentalités n'ont pas non plus changé comme ça, du jour au lendemain. Dans les années 70, prendre la pilule, c'était encore pour certains, avoir le comportement d'une femme de petite vertu. Simone Veil s'en est pas mal pris dans la gueule pour avoir voulu promulguer cette loi.
      Et pas loin de là où j'ai grandi, il y a encore un immense graffiti, visible de très loin, sur une hauteur, qui dit "avorter = tuer".
      Oui, c'est une époque passée. Pas vraiment révolue.

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  2. J'aime beaucoup Simon de Beauvoir et le « Deuxième sexe » fait partie de mes livres de chevet (ce n'est pas une blague). C'est d’ailleurs le premier livre que j'ai lu en Français. Contrairement à bien de féministes plus modernes, elle sait laisser une belle place au vice sans vouloir imposer la loi du féminisme dans la chambre à coucher. Quoiqu'il en soit, ses livres, bien que richement documentés, restent son opinion personnelle et non pas une vérité absolue.

    La question de la génétique est très intéressante. Le mot me « gêne » un peu car il implique une certaine notion d'hérédité. Il existe des reconstructions de la naissance de fantasmes de fessée en psychanalyse. Et cela semble en apparence bien se tenir. Par contre en regardant plus attentivement, reste quand même la question de taille pourquoi dans des conditions assez semblables une personne développe justement ce penchant et une autre non. Alors on parle de terrain favorable, notion assez vague qui marque à ma compréhension la limite de la connaissance humaine. Pour ma part je considère mes fantasmes comme une originalité personnelle sans trop me préoccuper de leur provenance. Ce qui m’intéresse le plus c'est leur fonctionnement !

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    1. Je suis d'accord avec vous Isabelle, il est plus important de vivre ses fantasmes que d'en trouver les explications... Mais c'est tellement étrange d'avoir des fantasmes qui, au fond, sont tellement peu partagés, que l'on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi. Mais bien sûr, il est impossible de trouver des réponses à ces questions!

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    2. Latis4/1/13

      Il existe des hommes qui aiment la soumission aussi... Ce n'est pas que féminin.
      Je ne me définis pas comme une soumise. Loin de là... Mais je dois avouer que les féministes pures et dures qui refusent la soumission sexuelle "par principe" me font ricaner. Qu'une femme refuse la levrette ou la fellation (ou la fessée) parce u'elle n'aime pas ça est totalement légitime, mais lorsqu'elle aimerait, mais qu'elle refuse au nom de sa non-soumission, c'est dommage.
      N'est-on pas plus libre et plus autonome en assumant ses désirs tout en étant considérée comme une femme libre et autonome par son partenaire?

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    3. "Il existe des hommes qui aiment la soumission aussi... Ce n'est pas que féminin." Bien évidemment, et ceux que je connais qui sont dans ce cas sont tout ce qu'il y a de plus virils!
      Tout ce que j'écris sur ce blog ne concerne que mon propre ressenti par rapport à mon fantasme/désir/besoin de fessée, je n'en fais en aucun cas une généralité. Pour moi (et uniquement pour moi, je n'ai aucune idée de ce que ressentent les autres!) il fait partie intégrante de ma féminité (et donc de ma sexualité). C'est tout ce que j’essayais d'exprimer dans ce message...

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    4. "Mais je dois avouer que les féministes pures et dures qui refusent la soumission sexuelle "par principe" me font ricaner. Qu'une femme refuse la levrette ou la fellation (ou la fessée) parce u'elle n'aime pas ça est totalement légitime, mais lorsqu'elle aimerait, mais qu'elle refuse au nom de sa non-soumission, c'est dommage."

      Ah ben ça, c'est au delà de dommage, c'est con... A l'inverse, je n'ose même pas imaginer la tristesse de ma vie si, au nom de sa virilité de mâle dominant avec des poils sur le torse, Simon n'avait pas cédé à ses désirs de recevoir une fessée.

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    5. Ah ben oui, mais je comprend bien ce que tu veux dire Amandine, j'ai pas mal réfléchi dans ce sens aussi :-)

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    6. Desdémone27/3/13

      Constance, je suis complètement d'accord avec vous, dans le cadre du jeu amoureux, la transgression est de mon point de vue une composante de la libido.
      Etre séduite par une pratique que la morale réprouve (et dont l'appréciation sera différente en fonction du degré de moralité de chacune) est extrèmement motivant et permet de garder une envie de découverte et de lutter contre l'ennui.
      Dans mon cas, femme active, et en position dirigeante dans la vie professionnelle, je lutte tous les jours pour que la légitimité de ma fonction soit reconnue par les hommes qui m'entourent.
      Me livrer dans l'intimité de mon boudoir à des jeux érotiques qui viennent contredire ce quotidien est pour moi une grande transgression et donc terriblement excitant.

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