jeudi 31 octobre 2013

Une conduite dangereuse (1)



Elle montait tranquillement les marches de la petite rue pavée qui la menait tout droit vers l’antre de ses plaisirs. Il faisait presque chaud. Le soleil d’hivers se réfléchissait sur les façades blanches de calcaire, les parant d’une jolie teinte rosée. Mais les pavés recouverts de mousse sur lesquels elle essayait de ne pas glisser témoignaient de l’hiver qui ne tarderait pas à les envelopper de sa grisaille. Elle avait le cœur léger, presque joyeux. Elle s'apprêtait pourtant à faire une bêtise qu’elle espérait ne jamais avoir à regretter. Mais, pour une fois, elle n’avait pas écouté la voix de la raison. L'envie de vivre cet instant s’était révélé si fort qu’elle en avait balayé toutes les règles de sécurité les plus élémentaires... 

Arrivée devant la porte cochère, elle leva les yeux sur l’interphone et chercha fébrilement le nom qui tournait et retournait dans sa tête depuis quelques jours. Elle le trouva, tout en haut de la liste. Se hissant sur la pointe des pieds, elle réussit à atteindre le bouton et appuya. La sonnerie qui retentit lui vrilla l'estomac. C’est à ce moment-là qu’elle prit conscience de l’incongruité de sa situation. 

« Amandine ? » demanda une voix teintée d’un charmant accent étranger.

Elle voulait répondre « Oui » mais elle n’arrivait pas à articuler le moindre son. Une boule s'était logée au fond de sa gorge, l'empêchant presque de respirer. Il fallait qu'elle se ressaisisse, qu'elle se calme. Mais le sang qui tambourinait sur ses tempes l'empêchait de réfléchir.

« Je suis au 4e étage, tout en haut ».

Le grésillement du loquet mit fin à son tourment. Elle était venue pour le voir, elle en avait une terrible envie, elle n’allait pas flancher aussi près du but! Elle poussa la lourde porte en bois verni et commença à monter les marches. Son cœur battait la chamade mais elle commença à sourire malgré tout. Les dés étaient jetés. Tout allait bien se passer, elle n'en doutait plus. 

Arrivée au quatrième étage, un peu essoufflée, elle se demandait perplexe à laquelle des deux portes elle devait frapper lorsque l'une d'elle s'ouvrit brusquement. Elle en fût tellement surprise que sa respiration se bloqua à nouveau. Décidément, il allait finir par la penser muette si elle n'arrivait pas à articuler le moindre mot…

« Bonjour Amandine. Entrez! » 

Elle lui sourit et il sourit en retour. Il semblait chaleureux et cela lui suffit pour accepter son invitation.

« Bonjour » réussit-elle à articuler une fois que son esprit eu repris un tantinet le contrôle de son corps.

Elle entra dans le petit appartement aux boiseries blanches et au parquet ciré. C'était très lumineux, très chaleureux. Elle s'y sentit toute de suite à l’aise. Il la débarrassa de son manteau et la guida vers le petit salon qui se trouvait juste en face de l'entrée. Elle lui tendit le petit paquet qu'elle tenait caché jusqu'à présent dans ses mains.

« Qu'est-ce que c'est ? » lui demanda-t-il, surpris.

« Ouvrez-le! Je l'ai fait pour vous. » lui répondit-elle en osant enfin le regarder dans les yeux. 

Il avait l’air amusé. Son sourire dessinait de jolies fossettes sur ses joues et ses yeux pétillaient. Visiblement, il avait l’air heureux de la situation et ne semblait absolument pas nerveux.

Il dénoua le nœud et ouvrit le petit paquet qu'elle lui avait glissé dans les mains. Il en sortit une petite boule décorée d'or et d'argent. 

« C'est bientôt Noël… » crut-elle d'expliquer

« Elle est très jolie. Merci! » lui répondit-il en faisant tourner la petite boule dans le creux de sa main. Elle le regardait faire en souriant. Il avait de magnifiques mains, fines et douces. Enfin, douces, elle le supposait...

« Comme cela, vous vous souviendrez de la première fessée que vous aurez donné à une française» ajouta-t-elle malicieusement.

Elle avait enfin retrouvée son calme et son assurance. Elle se sentait heureuse d'être ici. Elle avait envie de rire et de jouer, de le taquiner et d'être fessée. Mais ce n'était pas le scénario qui avait été prévu et elle le savait. 

« Asseyez-vous, je vous en prie » lui dit-il en désignant le canapé. 

« Voulez-vous une tasse de thé? »

Elle détestait le thé mais n'aurait jamais osé le lui dire.

« Oh non, merci, je n'ai pas soif. »

« Bien, alors parlons, si vous le voulez bien, de ce qui vous amène ici... »

Son estomac recommença aussitôt à se contracter. On abordait les choses sérieuses par l'acte le plus difficile. Il avait été convenu qu'elle devrait lui exposer les raisons qui devaient justifier de la punition à venir. Mais elle n'avait pas préparée son texte et à ce moment précis elle avait l'étrange sensation de se retrouver trente ans en arrière, sur les bancs du confessionnal où elle devait exposer au prêtre les pêchés qu’elle avait commis durant la semaine. A cette époque là, elle ne savait jamais quoi dire et inventait n’importe quoi pour se débarrasser de cette corvée. Si je lui dis que je me suis disputée avec mon frère, cela marchera-t-il à nouveau? Elle ne put s'empêcher de sourire à cette idée.

« Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, Mademoiselle » la reprit-il sèchement.

Mince! Lui était déjà rentré dans le jeu... Il fallait qu'elle se concentre davantage!

« J'ai parfois un comportement irréfléchi qui pourrait me mettre en grand danger » commença-t-elle.

« Expliquez-moi cela! » dit-il, intéressé.

« Et bien voilà…. J'ai décidé de rencontrer un homme, chez lui. Je ne l'ai jamais rencontré avant et je ne sais quasiment rien de lui. Et ce monsieur doit me donner une fessée » répliqua-t-elle dans un éclat de rire.

« Cela suffit! Voulez-vous aller au coin afin d'y réfléchir mieux? » répondit-il, mi amusé, mi exaspéré.

« Non, s'il vous plait, non! »

Elle commençait à se sentir un peu honteuse mais ne savait vraiment pas quoi dire. Elle se contenta donc de baisser les yeux.

« Bien, je vais vous aider… A quelle heure avions-nous rendez-vous? »

« A 14 h. »

« Et quelle heure est-il? »

Elle chercha frénétiquement des yeux l'aide d'une horloge. Heureusement, il y en avait une petite sur la table.

« 15 h!»

« Pouvez-vous m'expliquer la cause de votre retard? Pensez-vous être tellement supérieure aux autres que ceux-ci peuvent bien vous attendre sans que cela n'ait d'importance? Expliquez-moi. »

« Non, non, jamais je ne penserais cela! ». Elle était soudain paniquée. Comment pouvait-il penser cela d'elle? Mais aussi, pourquoi fallait-il qu'il mette le doigt sur le seul sujet qu'elle ne voulait absolument pas aborder? Elle voulait être réprimandée. Elle voulait être punie. Mais elle ne voulait pas avoir à lui avouer ses vraies fautes, à lui qu'elle ne connaissait pas. C'était terriblement gênant.

« Alors, quelle en est la raison? » demanda-t-il calmement.

Elle se sentit pris au piège. Elle était tellement paniquée qu'elle n'arrivait pas à réfléchir pour trouver une excuse un tant soit peu valable. C'est donc la mort dans l'âme qu’elle lui avoua la vérité. 

« J'étais un peu en retard quand je suis partie de chez moi. Et comme j'étais pressée, j'ai… » 

« Vous avez... ? »

« J'ai grillé un stop et je me suis fait arrêter par la police qui malheureusement se trouvait là à ce moment-là. Ils ont mis un temps infini à remplir le procès-verbal et je ne pouvais pas partir avant qu'ils n'aient terminé…» ajouta-t-elle dans un murmure. 

Elle n'osait plus le regarder. Ses yeux restaient fixés sur les lames du parquet. 

« Je vois. Non seulement votre conduite inconséquente vous a mis en danger, mais elle a également mis en danger la sécurité des autres conducteurs. Réalisez-vous à quel point cela aurait pu être grave? »

« Oui » répondit-elle d'une toute petite voix

« Y-a t-il autre chose que vous devriez m'avouer ? » 

« Non » 

« Bien, nous allons donc commencer votre punition. Comme je vous l'avais déjà expliqué, vous pouvez encore choisir de partir. Mais si vous restez, vous devrez accepter de subir votre châtiment dans son intégralité. Il ne prendra fin que lorsque je l'aurais estimé suffisant. Est-ce bien clair? »

« Oui Monsieur ».

« Dans ce cas, venez prendre place sur mes genoux. »

(à suivre)


17 commentaires:

  1. justifier un écart de conduite par...un écart de conduite au volant, c'est du grand art. Vite,vite la suite, chère Amandine

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    1. Merci Hadrien! La suite je la poste demain, promis. :-)

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  2. C'est bien écrit, on est dedans, j'aime.

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    1. Merci Mike, de ce gentil mot qui m'encourage à écrire la suite! :-)

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  3. on est dedans...c'est délicieux

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    1. Merci beaucoup Dita! J'espère que la suite vous plaira tout autant :-)

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  4. sacrée coquine cette petite Amandine

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  5. Whouuu ! Amandine, il ne faut pas lire ça à n'importe quel moment car c'est tellement troublant que pour ma part, il m'est difficile de cacher mon émotion mais heureusement je suis seule ;)
    Encore un peu perturbée par tout ce que tu viens de me mettre en tête, je vais rêver à la suite ...
    Je t'embrasse ...Merci ;)

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    1. Coucou Chilina !
      Tu es un amour! J'espère que la suite de l'histoire te plaira tout autant, mais disons qu'elle est un peu convenue, bien sûr... :-D
      Bonne nuit ma belle

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    1. Moi, une fausse ingénue? Serais-je démasquée??? :-D
      La suite pour demain, promis!

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  7. Desdémone31/10/13

    Comme c'est cruel de s'arrêter juste à ce moment !

    Bon, il est fort tard, et je vais me coucher en remettant en scène cette histoire évocatrice... ça va chauffer ...

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    1. Bonne nuit Desdémone et merci beaucoup pour ce gentil mot! :-)

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  8. Pecan nutjob1/11/13

    Chère Amandine, figurez-vous que mon épouse (moins maintenant que par le passé) était plutôt imprudente, au volant ou non. Jamais rien vraiment de grave, mais plusieurs fois c'est passé près de la catastrophe...

    Madame a très vite pris le parti de tout dire et demander sa correction (parfois donnée avec un peu de retard).

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  9. Si cela arrive maintenant moins que par le passé, puis-je en déduire que la fessée en a été une bonne thérapie? Je ne suis pas certaine que cela serait vraiment efficace pour moi, mais cela me soulagerait sur le moment, c'est certain... :-)

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  10. Pecan nutjob1/11/13

    Difficile à dire... d'après madame, je suis moi-même moins prompt aux accès de colère et beaucoup moins prompt aux accès d'impolitesse ou machisme que quand je l'ai connue, et elle moins encline aux disputes mesquines, aux oublis et aux imprudences. Toutes choses passibles chez nous de la fessée punitive et éducative! Mais est-ce la fessée, ou l'âge? Ou les deux?

    Mais bien d'accord avec vous: plutôt que d'avoir honte et d'avoir une colère renfermée chez la compagne, il vaut mieux vider l'abcès. Même si on se sent d'abord tout bête et qu'ensuite on a mal aux fesses...

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