vendredi 29 novembre 2013

Un dîner d'exception (1)

Cette histoire basée sur une idée originale de Frank, charmant lecteur allemand qui me fait l’honneur de lire ce blog depuis cette belle région de Bavière. Herzlichen Dank, Lieber Frank!


Alors que le train entrait en gare, elle sentit une délicieuse excitation l'envahir. Elle avait tant attendu cet instant! Cela faisait près d'un mois que leurs obligations les avaient tenus éloignés l'un de l'autre. Ils se téléphonaient tous les jours, s'écrivaient des dizaines de textos, s'échangeaient leurs émotions à travers quelques instantanés plus ou moins fidèles à la réalité. Mais elle avait besoin de sentir la chaleur de son corps, la saveur de sa bouche, la douceur de sa main, la chaleur de son regard.  Dans quelques instants, ils seraient à nouveau ensemble! Il avait promis de venir la chercher à la gare et il tenait toujours ses promesses. 

Debout sur le marchepied, elle scrutait attentivement le quai en attendant que le train s'immobilise complètement. Elle l'aperçut à quelques dizaines de mètres et lui fit signe de la main. Il la vit, se précipita et la prit dans ses bras avant même qu'elle n'ait eu le temps de poser un pied par terre. Il l'embrassa fougueusement.

- Tu as fait bon voyage ? 

- Bien sûr, ce n'était pas très long, tu sais! 

Il la reposa doucement au sol et en profita pour laisser courir sa main sur son dos jusqu'au creux de ses reins. Il descendit encore plus bas, caressa quelques instants les deux globes qu'elle ne pu s'empêcher de lui tendre, avant de relever subrepticement le pan de son manteau, entraînant dans le même mouvement celui de sa jupe. Un petit sifflement d'admiration se fit entendre. 

- Hé, mais tu es fou, arrête! s’écria-t-elle en ne pouvant s'empêcher de rire. 

Elle avait revêtu sa plus somptueuse lingerie, celle qu'il lui avait offerte à son anniversaire, et avait pris le soin d'ajuster à la perfection les bas en soie qu'il affectionnait tant. Elle savait que le spectacle lui plairait, mais elle espérait tout de même qu'il ne le découvrirait que dans l'intimité de son appartement...

- Retire ta culotte, maintenant! lui ordonna-t-il. 

- Quoi? Ici? Mais non! 

- Je te le demande, obéis-moi Amandine! 

Elle sentit une bouffée d'angoisse l'envahir. Elle avait beau regarder à droite comme à gauche, elle ne voyait aucun endroit suffisamment désert pour qu'elle puisse se livrer en toute discrétion à une telle action. Quelques secondes plus tard, elle se ressaisit et lui déclara d'un ton assuré : 

- Non, il n'en est pas question, je ne le ferai pas ici! 

Il la fixa un moment de son regard bleu acier, puis agrippa son sac de voyage et l’entraîna précipitamment vers la bouche de métro la plus proche. Ils montèrent dans la rame qui arrivait juste en même temps qu'eux sur le quai et s'assirent côte-à-côte sur les sièges que deux grands gaillards venaient de libérer. Ils n'avaient plus échangés un mot. La tension entre eux était palpable.  

Cette demande ne pouvait quand même pas être sérieuse, si? se demanda-t-elle, anxieusement.

Elle le regardait en coin. Son visage demeurait indéchiffrable mais sa mâchoire semblait légèrement crispée. Il évitait consciencieusement de la regarder, ce qui ne fit qu'augmenter son malaise.

M'en veut-il réellement de ne pas lui avoir obéi? Mais c'était impossible de faire cela dans la gare, il a bien dû s'en rendre compte! 

Elle sentit quelques frissons lui parcourir l'échine. Elle aurait bien aimé pouvoir les attribuer au courant d’air froid qui parcourait la rame, mais elle savait bien que la douleur qui commençait à sourdre dans son estomac ne pouvait en rien être attribuée aux rigueurs de l'hiver. Son comportement n'avait pas été exemplaire durant ce dernier mois, loin de là, et elle devinait qu'elle devrait en payer le prix ce week-end. Mais avant que ne vienne l'heure des comptes, elle espérait pouvoir jouir de quelques heures d'insouciance dans ses bras, pour fêter dignement leurs retrouvailles. Il lui avait dit de ne s'inquiéter de rien, qu'il préparerait le dîner et qu'ils allaient passer une soirée de rêve...

Avait-elle tout gâché avec son refus de lui obéir? 

Quand ils arrivèrent à destination, elle quitta avec soulagement l'atmosphère oppressante du wagon. Ils marchèrent quelques minutes côte-à-côte avant d'arriver au pied de l'immeuble en pierres de taille qui abritait son appartement. Ils gravirent en silence, l'un derrière l'autre, les marches recouvertes de moquette pourpre qui étouffait le bruit de leurs pas. 

Arrivés à l'étage, il ouvrit la porte et la laissa entrer. Elle enleva son manteau et se dirigea vers la grande pièce à vivre qui tenait lieu de cuisine, de salon et de salle-à-manger. Sur la grande table en bois laqué étaient disposés trois plats en argent recouverts d'une cloche. Il avait visiblement mis les petits plats dans les grands! En face de chaque plat se trouvait une bouteille de vin. Deux d'entres elles étaient placées dans des sceaux à glace. Du vin blanc sans doute! Un magnifique bouquet de roses rouges trônait au milieu de la table. Elle se pencha pour un humer le parfum délicieux. Pourquoi il avait-il un nombre impair de plat?

Elle parcourait des doigts les cloches immaculées sur lesquelles elle s'amusait à regarder son reflet déformé. Elle mourait d'envie de les soulever, mais cela ne se faisait pas, elle le savait! Soudain, elle réalisa qu'il n'y avait, ni couvert, ni verre, ni serviette sur la table. Surprise, elle pensa qu'il n'avait probablement pas eu le temps de finir de mettre la table avant de partir la chercher à la gare. Mais en se retournant, elle aperçut trois verres sur la table basse ainsi qu'une fourchette, un couteau et une cuillère. Pourquoi ces nombres impairs? Elle s'apprêtait à aller les chercher pour les placer comme il se devait sur la table à manger lorsqu'il lui saisit le poignet. 

- Non, laisse, nous verrons cela plus tard. 

Pendant qu'elle se perdait dans la contemplation de la table, il avait fermé les stores des fenêtres et allumés quelques lumières tamisées. L’ensemble était très romantique et chaleureux. Elle avait envie de se lover dans ses bras.

- Assied-toi, lui dit-il en désignant le canapé. Nous avons à parler. 

Vaguement inquiète, elle s'empressa de prendre place à l'endroit indiqué. Il s'assit à côté d'elle et prit sa main dans la sienne.

- Tu sais que tu comptes énormément pour moi, lui dit-il d'un ton calme et assuré. Mais notre relation est basée sur des principes qu'il nous faut respecter. C'est très important, aussi bien pour toi que pour moi. Peux-tu me rappeler quels sont ces principes? 

Sa gorge se serra mais elle réussit tout de même à articuler quelques mots... 

- Je dois respecter les règles que nous avons fixées. Je dois t'obéir quand tu me demandes quelque chose et  je dois toujours te respecter comme je dois respecter les autres. 

- C'est cela. Et que dois-je faire en retour? 

- Tu dois m'aider et prendre soin de moi. 

- Bien. Penses-tu que je remplis correctement mon rôle envers toi? 

- Oui, bien sûr! dit-elle en lui offrant un large sourire.

- Et toi, penses-tu remplir correctement ton rôle envers moi? 

Elle réfléchit un instant.

- Non… répondit-elle, dépitée. Mais j'essaie, tu sais. Vraiment... 

- Tsss, tu penses vraiment que faire de ton mieux? 

- Si tu dis cela parce que je ne t'ai pas obéi à la gare, comprend que je ne pouvais pas. Je ne peux pas faire cela devant autant de monde! 

- Je ne pensais pas précisément à cela. Mais puisque tu en parles, es-tu sûre d'avoir réellement essayé de m'obéir? 

Elle attendit la suite, incrédule.

- Ne pouvais-tu pas aller dans les toilettes de la gare pour te déshabiller en toute discrétion? 

Mortifiée, elle ne répondit rien. Mais pourquoi n'avait-elle pas pensé aux toilettes? Il fallait qu'elle se concentre davantage quand il lui demandait quelque chose...  Elle sentit une vague de chaleur envahir son visage. 

- Durant ces dernières semaines, penses-tu avoir respecté les règles que nous avions fixées ensemble? 

Elle réfléchit un instant.

- Non, répondit-elle d'une voix qui commençait à trembler légèrement. Je suis désolée… 

Elle repensa à toutes les séances de gym qu'elle avait séchées sans remord, à son garage qui débordait de bric à braque alors qu'elle avait promis de le ranger, au jardin en friche, à son essai dont elle n'avait pas ajouté une ligne depuis des semaines... 

- Je ne reviens pas sur tes problèmes d'obéissance. Je pense que tu mesures les progrès qu’il te reste à accomplir dans ce domaine, n'est-ce pas? 

- Oui, répondit-elle en essayant de refouler les larmes qui tentaient de lui échapper. 

- Et en ce qui concerne le respect, penses-tu avoir été exemplaire? 

- Non, bien sûr, admit-elle en repensant à toutes les taquineries qu'elle n'avait pu s'empêcher de commettre à son égard au téléphone. La distance lui donnait un aplomb qui s'évanouissait aussitôt qu'elle se trouvait en sa présence et qu'il la mettait face à ses responsabilités. 

- Nous faisons donc le même constat! Que penses-tu qu'il me faille faire maintenant pour remplir mon rôle et t'aider à t'améliorer? 

- Me punir, répondit-elle mortifiée, alors qu'une première larme réussissait à franchir les barrières et s'écoulait lentement sur sa joue. 

- Oui, je dois te punir. Et c'est précisément ce que je vais faire ce soir. Va te déshabiller! 

- Tu veux que je me déshabille? demanda-t-elle, incrédule. 

- Oui, je veux que tu sois entièrement nue. Cette punition doit être exemplaire et pour qu'elle le soit, il est important que tu te sentes le plus vulnérable possible... 

Elle repensa alors à tout le mal qu'elle s'était donnée pour choisir sa tenue et paraître la plus désirable possible, et c'est la mort dans l'âme qu'elle se rendit dans la chambre.

(à suivre...)


17 commentaires:

  1. Asterias29/11/13

    Vous ne pouvez pas vous arrêter là, vite la suite Amandine!!!

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    1. Merci de vos encouragements, Asteria! :10:
      La suite n'est pas encore écrite, mais je m'y atèle des que possible. :-)

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  2. Bric à Brac... Mais Braque, c'est rigolo aussi.

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    1. Georges? Je l'adore! Surtout ses couleurs... :-)

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  3. Desdémone30/11/13

    on attend la suite avec impatience ...

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    1. Voilà, je viens de publier la suite... mais ce n'est pas encore fini! :-D

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  4. Alors ça hein... je comprends très bien la mortification de s’être superbement déguisée et de devoir aller enlever tous ses magnifiques falbalas ! Tsssssssss.

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    1. Il faut se faire une raison, Ellie, la plupart des hommes n'ont aucun sens de l'esthétique en dehors du nu...

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    2. Je confirme ce triste constat, Amandine! ;-)

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    3. Tous les mêmes en somme... mince! :-D

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    4. vous êtes vexantes,les filles, pour le coup

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  5. Oh la la j adore j adore.... Merci, merci ! :)
    J' aime qu' on m ' excite et ce texte le fait superbement.
    Vite la suite... sinon vous devenez cruelle ;)

    La robe de la photo est très très belle

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    1. Merci Dita, vous êtes adorable! :10:
      Je viens de publier la suite, mais ce n'est pas encore fini... cruelle, moi?

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  6. Très beau récit, que j'ai tenu à lire d'abord avant de passer à la suite (ce qui est très dur pour moi, je suis une anti-suspense acharnée). Mais là, cela valait le coup.
    Dans un autre contexte, je pense que Simon ressent un peu la même chose quand nous passons du temps à choisir sa tenue de puni, et que, peu après le début de la fessée, il entend: "Bien. Maintenant, mets toi tout nu. "

    Constance

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    1. Merci Constance ! :10:
      En fait, il vaut toujours mieux commencer par le début pour la mise en place psychologique, parce qu'après, une fessée, c'est toujours une fessée... :-)

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    2. Aranam2/12/13

      Et un repas c'est toujours un repas... Mais il y a 1001 fessées différentes; c'est comme en cuisine, tout est dans l'assaisonnement, la préparation, la cuisson... :-)

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    3. Justement, sur ce coup, la cuisine est complexe et épicée... :-)

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