jeudi 6 février 2014

Chasse au trésor (2)

Attention, ne lisez ce texte qu'après en avoir lu la première partie ici.


Elle avait perdu et se retrouvait nue devant le miroir de la coiffeuse, assise sur un derrière douloureusement zébré. Comme elle venait de passer pratiquement une heure tourmentée par le vibromasseur et qu'elle venait de recevoir une rapide fessée à la canne après avoir perdu la première partie du jeu, elle était littéralement trempée...

« J'ai une surprise pour toi ce soir, chérie… » dit-il avec entrain. 

Je n'en doute pas, pensa-t-elle.

« Nous allons sortir! » annonça-t-il avec enthousiasme, « Mais d'abord… »

Il se tenait derrière elle, se baissa pour lui prendre la main droite, la positionner entre ses jambes et l'encouragea à se caresser. En vérité, elle n'avait pas besoin de beaucoup d'encouragements et ses doigts se mirent rapidement à explorer son intérieur et à en ressortir couverts de crème, blanche et glissante. 

« Je pense qu'il est temps que tu te maquilles… » observa-t-il.

« Goûte-toi. Fais courir tes doigts sur tes lèvres… Oui. Comme si tu mettais du gloss sur ta belle petite bouche. »

Elle leva ses doigts près de sa bouche et les utilisa comme un rouge à lèvre, étalant sa propre crème le long de ses lèvres. Le goût était inoffensif, un peu fort et salé, mais il la faisait se sentir scandaleusement vilaine. Sortir, avec cela sur les lèvres! Elle s'imagina assise dans un restaurant chic, se demandant si ses voisins de table étaient suffisamment proches pour identifier le reflet gluant autour de sa bouche. Elle frissonna à l'idée d'être envoyée aux toilettes pour y appliquer une nouvelle couche…

« Tu es une bonne fille. Mais je pense que tu as besoin d'un peu plus… » l'informa-t-il, « Remets tes doigts à l'intérieur, profondément, c'est cela, replace toute cette merveilleuse crème sur tes jolies lèvres. »

Du bout de sa langue, elle pouvait sentir ses lèvres collantes et brillantes. 

C'est alors qu'il lui recouvrit les yeux d'un bandeau et lui dit de se tenir droite, les bras en l'air, pendant qu'il la revêtait de la robe qu'il avait choisie pour elle. Elle s'inquiéta de son absence de sous-vêtements, mais il lui dit qu'ils n'étaient pas nécessaires. Et de fait, le vêtement qu'il lui enfila était épais et chaud. Il lui semblait qu'il était en laine, peut-être en feutre ou en serge, avec des manches longues et larges et un ourlet qui lui arrivait aux chevilles. Vint alors une sorte de coiffe ou de chapeau. Il lui avait laissé le bandeau, le temps que lui-même s'habille, la laissant ainsi un peu plus longtemps dans l'expectative. 

Soudain, la lumière inonda ses yeux. Elle cligna des yeux et fixa le miroir du dressing.

Une none et un prêtre la regardaient en retour. 

Le prêtre avait un large sourire. Ses yeux pétillaient tandis qu'il essayait de ne pas rire. 

La none la regardait bouche bée. Elle semblait vaguement horrifiée, comme si elle venait juste d'émerger d'un rêve délicieusement érotique, peuplé de verges en érection, pour se retrouver dans un couvent. 

Il était resplendissant dans son costume de prêtre. Il la conduisit dans un élégant hôtel du centre-ville. Son gage était d'aller avec lui jusqu'au bureau de la réception et – en jouant son personnage – de demander une chambre pour la nuit. 

Une chambre pour tous les deux.

Une chambre avec un lit double. 

Le réceptionniste, un homme d'une cinquantaine d'année, semblait mortifié. Elle n'avait jamais été aussi gênée et elle rougit encore plus lorsque, se tenant tout contre son épaule, il s'était mis à lui caresser les fesses. Il avait botté en touche les questions du réceptionniste avec un ironique “No comprendo”, tandis qu'elle expliquait avec courage que le Père Jiménez ne parlait pas anglais. 

Elle se trouvait à un pas du réceptionniste, juste de l'autre côté de l'étroit comptoir en chêne de la réception. Suffisamment prêt, certainement, pour qu'il puisse voir en détail la petite croûte brillante et trouble qui ornait ses lèvres. Elle su que le réceptionniste l'avait remarqué lorsque son regard s'est à nouveau porté sur sa bouche. Mais tout cela la dépassait complètement et elle n'arrivait pas à comprendre la réalité de cette scène. Tout cela l'avait vraiment excitée : faire quelque chose de tabou, savoir qu'elle se comportait de manière très, très vilaine, et que seuls eux deux étaient dans le secret. 

Et cette nuit-là, dans ce double-lit luxueux, après avoir fait la confession pleine et entière de tous ses péchés, elle avait vécu un moment scandaleusement délicieux. Maudit soit-il !

Personne d'autre n'a jamais rien su de leurs jeux. 

Le temps où tout le monde jouait était enivrant. Depuis le lever du soleil jusqu'à l’heure du coucher, nous passions tous la journée à explorer, jouer et prendre du plaisir... Mais la vie est devenue sérieuse, nous avons reçu de nouvelles responsabilités, nous avons commencé à considérer le jeu comme quelque chose de puéril, d'immature et dérisoire, jusqu'à ce qu'il soit presque totalement éclipsé par cette nouvelle découverte fantastique : le sexe opposé! Et l'envie de jouer s'est éclipsée devant  le désir du plaisir.
Lui et elle étaient de jeunes professionnels maintenant, hautement diplômés avec de grandes carrières, mais ils s'étaient toujours efforcés de rester jeunes d'esprit, tâchant de garder leur instinct du jeu intact. En l'entretenant, comme on protège la flamme d'une bougie contre les tempêtes quotidiennes de l'âge adulte, qui menacent à tout instant de l'éteindre. Ils formaient un cercle de deux, dans lequel personne d'autre n'était autorisé à entrer. Juste eux contre le monde entier. Et leur enjouement avait trouvé son sanctuaire dans ce jeu qui était à présent le leur. 

La légende ancienne de L'oiseau de feu a de nombreuses variantes ; l'une raconte comment ceux qui se sont trouvés en présence du terrible roi Kashchei ont été ensorcelés – obligés de chanter et de danser, et s'ils s'arrêtaient …ils étaient transformés en pierre. La sagesse des anciens nous avertit : le même destin attend ceux qui cessent un jour de jouer.
Et ainsi, eux, ils continuaient à danser et à jouer.


* * * * *

Ce soir-là, elle se précipita dans le couloir, faisant un détour dans chaque pièce en espérant que le bourdonnement entre ses jambes à se mette à augmenter, cet indice excitant laissant entendre qu'elle se rapprochait.

Il la suivait et ne disait rien. Il tenait télécommande-baguette magique- argentée comme si elle était attachée par une laisse invisible. De temps en temps, elle se retournait pour le regarder, recherchant des indices sur son visage. Mais elle n'y trouvait qu'un moqueur « Tu ne le trouveras jamais ! ». C'était tout aussi adorable qu'irritant. Elle voulait tellement trouver cette pantoufle et le coucher, lui, en travers de ses genoux. Histoire de le battre comme un vilain garçon et de glisser ce plug entre ses fesses rouges et chaudes. En attendant, un tic-tic-tic régulier égrenait chacune des précieuses secondes de son temps imparti. Dans son estomac, l'urgence faisait voler des papillons.

Les vibrations semblaient légèrement plus fortes et plus longues maintenant. Elle devenait plus chaude, au sens propre comme au sens figuré. Saisissant la rampe, elle dévala les escaliers, deux marches à la fois, et fut enchantée de sentir les vibrations s'amplifier. Ses jambes se mirent à trembler. Elle se rapprochait. 

Elle se hâtait de pièce en pièce, comme une sorte d'agent immobilier un peu maniaque, ne faisant une pause que pour sentir s'il y avait un changement dans le bourdonnement entre ses jambes. Avec la chanson de cette sirène, il aurait été si facile de s'arrêter et de se laisser emporter, ses douces sensations déformant toute perception du temps, jusqu'à ce que la misérable sonnerie ne la propulse à nouveau dans la réalité.

Elle se mit à explorer sa maison si familière à toute vitesse, en essayant d'ignorer les bibelots, les photos et les décorations qui l'avaient rendue si confortable, et en ne considérant à la place que les cachettes potentielles. C'était un sentiment étrange de voir sa propre maison avec les yeux d'un chasseur de trésor, inspectant chaque coin de chaque pièce. Cess pensées tournaient et retournaient dans sa tête : une pantoufle, une pantoufle, où peut-il bien cacher une pantoufle, où je cacherais une pantoufle… tandis qu'elle essayait d'éviter de penser trop au plaisir lancinant que le vibromasseur lui prodiguait. 

Et pendant tout ce temps, elle devait se rappeler que, quel que pouvait être le plaisir cuisant que le chausson de dance pouvait produire sur son derrière, cette sensation serait encore plus délicieuse si elle pouvait être appliquée sur son derrière à LUI. Et ce serait un plaisir absolu que de le voir courir partout dans la maison, en pleine érection, le plug planté entre ses fesses rougies...

Rêvasser la ralentissait, elle se réprimanda de son manque de concentration. 

Elle se précipita dans le bureau… mais il n'y avait aucun encouragement du vibromasseur.

Dans la salle à manger… à nouveau, aucun changement.

Elle devenait maintenant de plus en plus consciente du tic-tac de la minuterie, derrière elle... son petit cliquetis idiot qui faisait disparaître les secondes qui lui restaient. 

La cuisine… Nrrrgh. C'était frustrant mais la piste était froide ici aussi.

La minuterie derrière elle continuait à égrener les secondes. C'était perturbant, comme si elle était poursuivie par un réveil ou en train de fuir une bombe qui pouvait éclater à tout moment. 

« Tu ferais mieux de te dépêcher… » lui suggéra-t-il, inutilement. Comme il se tenait derrière elle, il était le seul à pouvoir voir combien de temps il restait. 

Tandis qu'elle courait dans le couloir, elle sentit le bourdonnement s'intensifier brusquement, ce qui provoqua un tremblement dans ses cuisses et faillit la faire basculer. 

Elle fila tout droit dans la buanderie au bout du couloir, ignorant les autres portes tant le bourdonnement entre ses jambes gagnait en intensité. Elle ouvrit la porte et fut récompensée par un grondement intense et prolongé qui la fit presque tomber à genoux. Elle avait le feu aux joues, elle était si prêt de son objectif, si prêt de jouir aussi…

(à suivre)

13 commentaires:

  1. Desdémone7/2/14

    Hummmm... Comme c'est cruel de nous faire attendre. Toujours pas de suite à 13h...

    Je me demande vraiment si elle va gagner. Ce serait intéressant d'avoir le texte d'une punition infligée par elle pour changer. Et puis, le prochain chapitre qui le décrirait nu en train de chercher pourrait être également jouissif non ?

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    1. Le découpage n'a pas été fait tout-à-fait au hasard... :-D
      Si c'était moi qui avait écrit l'histoire, vous vous douteriez bien de qui allait perdre... Mais voilà, ce n'est pas moi qui ait inventé cette délicieuse fable. :-)

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    2. Desdémone7/2/14

      Bon, j'aime beaucoup la mise en scène. Pas de suite à cette heure... Il ne me reste plus qu'à aller me coucher en inventant une suite possible.

      Pas de galipette pour moi ce soir, mon mari dort et qui vous savez, est aux abonnés absents ces jours-ci. Et puis... j'ai été "très sage", donc pas de punition pour moi dans les jours à venir... Pfff ! Quel ennui !

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    3. Pardon pour le retard, la tempête d'hier a un peu bouleversé mon emploi du temps... J'essaie de me remettre à la traduction dès que possible. Ne vous inquiétez pas, je ne vous laisserai pas trop languir! :-D

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    4. nabuccho788/2/14

      bonjour Amandine,
      Mise en scène ou scénario voire jeu de rôle? J'ai fait.
      Une amie m'avait fait une liste de ses envies pour un scénario, en tout premier lieu : les gifles.
      Pour une fessée, je sais claquer en évitant de toucher au coussin lombaire mais les gifles..
      Pas du tout coutumier du fait car pour moi qui dit gifle dit visage et toucher au visage me fige..il a fallu me faire violence, je me suis renseigné pour voir comment les gifles étaient assénées, j'ai donc vu et fait.
      Je dois dire que c'est incroyable l'effet des gifles sur les glandes, la moquette de l'hôtel affichait une tache d'humidité importante..ça m'a décontenancé même si je n'ai rien montré.
      votre avis éclairé, svp..

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  2. Bonjour Nabuccho,
    Je crains de ne pas d'avoir d'avis très éclairé sur la question car les gifles ne rentrent pas dans mon fantasme.
    Tout ce que je peux dire, c'est que l'excitation sexuelle d'une femme est toujours beaucoup plus psychologique que physique.
    La fessée joue sur les 2 tableaux, les fesses étant situées très près de l'organe du plaisir féminin. Elle excite physiquement, fatalement. Mais psychologiquement aussi et surtout.
    Et en ce qui concerne l'aspect psychologique, il n'y a aucune règle rationnelle, je le crains.
    Pour ce qui me concerne, la fessée m'excite parce que je trouve très rassurant d'être prise en main, que de ne pas être parfaite n'est pas la fin du monde et que mon partenaire est prêt à m'aider et à me pardonner de tout cela. Donc plus l'homme sera attentionné et tendre (mais ferme et décidé!) pendant le jeu, plus je serai bouleversée. Ce qui me touche est donc à l'opposé de la violence, mais il y a beaucoup de personnes, hommes comme femmes, qui recherchent bien au contraire cette violence comme excitant sexuel.
    A mon sens, il n'existe pas de zone érogènes dans les joues du visage. C'est donc l'aspect de domination psychologique, mêlée très certainement à une certaine dose de violence, qui prédominait dans l'excitation de votre amie. Maintenant, pour la moquette... je pense que votre amie devait avoir des sécrétions particulièrement abondantes. :-)

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    1. nabuccho789/2/14

      merci pour votre réponse.
      Je n'étais vraiment pas à l'aise et aujourd'hui j'estime que c'était une erreur de prendre comme argent comptant des désirs souvent émotionnels.
      Depuis quelques années, je préfère le côté immuable de la rencontre "mondaine".Le mieux est l'ennemi du bien, je donne ce que l'on aime et jamais ce que l'on exige, ça reste gentiment raisonnable mais à l'époque, sans doute aveuglé par je ne sais quoi de prétentieux, je n'avais pas cette approche. Pour preuve, cette "amie" a disparu très vite de mon "cercle vertueux". En 2013, j'ai eu en tout et pour tout 5 rencontres réparties avec 3 amies et je trouve cela très suffisant. C'était délicieux comme un grand dessert de chez Hervet..sourire.

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    2. Vous avez parfaitement raison de ne pas galvauder ces moments-là. Par ailleurs, pour qu'ils aient ce petit quelque chose de magique qui fait qu'ils valent d'être vécus, il est impératif que les deux partenaires aient le même fantasme. Si l'un est dans la violence et la douleur physique quand l'autre est dans la tendresse et le romantisme, il n'y a aucune chance que la rencontre ne soit bonne, ni pour l'un, ni pour l'autre.
      C'est pour cela que je pense impératif d'arriver à bien définir son fantasme, et donc à arriver à y appliquer les bons mots, même si beaucoup ici m'ont reproché cette démarche. :-)

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    3. nabuccho7810/2/14

      votre dernier § est fondamental. Cela concerne les amies qui sont ainsi, cultivées, ayant lu Chateaubriant et dans le secret de leur alcove : Histoire d'O ou Les Mémoires d'une chanteuse allemande voire quelques lignes de Sade.
      J'ai souvent eu l'impression que mon côté "oxymore", ma froideur amicale, le cuir glacé de mon gant et la blancheur de ma chemise suffisait à les rassurer, allié à un langage précieux, respectueux et éloigné du but réel de la rencontre.
      Cela avivait leur envie..déraisonnable.

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  3. Merci Amandine pour nous faire partager cette longue petite perle...
    A nouveau je ne l'ai lue qu'en anglais (et je crois qu'il faudra 2 épisodes pour terminer- il y a clairement moyen de faire durer le plaisir, surtout que certaines descriptions se font très précises)... et la fin est délicieuse ;-)
    Clairement, j'ajoute Spanking Theatre à mes onglets favoris! ;-)

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    1. Je suis absolument ravie que tu aimes toi aussi les récits de Spanking Theatre!
      J'adore ce mélange de naïveté et de pureté enfantine étroitement mêlé à une sexualité d'adulte parfaitement assumée, qui constitue la base de chacun de ces récits. On n'y perçoit jamais aucune violence mais au contraire de tendresse.. et ils sont tous d'une grande originalité.
      Le plus étrange, c'est que ces récits expriment exactement les sentiments qu'une femme peut ressentir lorsqu'elle joue ce jeu de la fessée (du moins sont-ils exactement ceux que moi je ressens) , alors qu'ils sont tous écrits par un homme.... Bravo à lui, vraiment! :-)

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    2. Ces récits sont très frais, et réellement bien écrits (richesse du vocabulaire, flash-backs magnifiquement amenés, fluidité du texte, aucune vulgarité, ...). Je ne suis pas experte en matière de fessée (je découvre...quand j'en ai l'occasion ;-) ), mais sa description du dominant dans une réponse toute récente à une lectrice est parfaite, et l'on sent qu'il y a communion avec sa partenaire, sa sensibilité et son self control lui permettent d'être à l'écoute...et sa plume fait le reste! Mais quelle plume! :-)

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    3. Si tu aimes bien ses écrits, tu peux lui laisser un petit mot sur http://spankingtheatre.tumblr.com/ask, cela lui fera certainement très plaisir. :-)

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