mercredi 9 avril 2014

Il était une fois...


Il était une fois une princesse qui se sentait bien seule. Après avoir dormi une centaine d'années en vain, elle se décida à s'inscrire sur Mystic.fr afin d'y trouver enfin l'élu de son cœur.
Elle y tapa "prince charmant", et hésita à y ajouter "bricoleur" parce que sa bonne fée lui chantait toujours "ah, quel bonheur, quel bonheur". 
Oui mais bon, charmant, c'était déjà pas mal, non? 
Après avoir effleuré du bout de sa baguette la touche magique, l'objet de ses rêves lui fût révélé (enfin, plutôt son annonce...).

« Je recherche une princesse qui saura combler mon cœur. Peut-être pourrions-nous nous promener, au soleil couchant, main dans la main, au bord d’un lac naturel, entouré de verdure et de papillons… 
Si, comme moi, tu aimes les balades romantiques, les mots doux, les mots d'amours sucrés susurrés à l'oreille, n'hésite plus! Ecris-moi à jules.leprince@pasbidon.com  »  (annonce véridique!)

Son cœur se mit à battre la chamade. Elle en était certaine, elle l'avait enfin trouvée, sa moitié d'âme!
Après les quelques blablas de circonstances, ils décidèrent de se rencontrer chez elle (le château du prince étant en ravalement, il avait jugé que cet étalage d’échafaudages ne siérait guère à son plumage).

Il se présenta le jour même, paré de sa plus belle armure. Mais ce que les contes ne disent jamais, c'est qu'un prince en armure est fort maladroit... et le voilà, après avoir franchi le premier pas, qu'il s'étala... entraînant dans sa chute le gardénia...  et toute la terre, au sol, se retrouva.

"Ne vous inquiétez pas, mon beau prince!" lui dit la princesse. "Je vais, de ce pas, chercher l'aspirateur." (la princesse lubrique, certains projets en tête, avait ce jour-là, donné congé à tous ses serviteurs...)


Alors qu'elle tentait au mieux de nettoyer le sol (il faut dire que cela faisait un bail qu'elle ne s'était pas servie de l'engin...), la princesse s'aperçut que le prince pâlissait à vue d’œil. "Ce doit être le bruit", pensa-t-elle, "ce modèle est peut-être puissant, mais terriblement bruyant!".

"Ne vous inquiétez-pas, beau prince, je possède un modèle bien plus silencieux!". Et la voilà repartie dans le cagibi, d'où elle extirpa l'antique modèle qui faisait moins de bruit.


Elle reprit sa tâche, mais le prince ne semblait pas regagner de couleurs. "Je ne savais pas que les princes avaient les oreilles si fragiles !", se dit-elle. "Jamais je n'ai lu ça dans les contes".

Une fois le sol, nettoyé, elle contempla le gardénia qui n'avait plus ni terre, ni pot. Il conviendrait peut-être de le replanter? 
"Savez-vous jardiner, mon beau prince?" 
"Bien sûr, gente demoiselle! Pourriez-vous me prêter votre sécateur, que j'en taille les racines comme il se doit?"

La princesse s'exécuta...


mais le prince semblait de plus en plus souffrant. Ses joues s'empourpraient et de petites gouttes de sueur perlaient sur son front.

" Il ferait mieux d'enlever son armure", pensa la princesse. Mais elle n'osa le lui dire, de peur de se voir attribuer de mauvaises pensées.

Une fois le gardénia replanté, les deux tourtereaux revinrent au château. C'était l'heure du thé.

"Quels sont vos loisirs, belle princesse?", demanda le prince qui ne voulait pas se dire qu'il avait perdu sa journée et s'accrochait au moindre espoir. "La cuisine, peut-être?"

"Oh non, mon beau prince, je ne sais faire grande cuisine! Mais je fais les carottes râpées comme personne. Voulez-vous que je vous montre?" Et sans attendre de réponse, elle se précipita en cuisine et en revint munie du légume en question, ainsi que tout le matériel nécessaire à sa préparation.



A cette vision, le prince eut un mouvement de recul.
"Oh, vous n'aimez pas les carottes!", s'écria la princesse. "Mais n'ayez-crainte, jamais je ne vous obligerai à y goûter!".
Ça pourrait pourtant le rendre plus aimable, pensa-t-elle, en son for intérieur.

"J'ai bien d'autres loisirs, savez-vous?" enchaîna-t-elle rapidement. "J'adore la musique! Voulez-vous voir mes guitares?".
Le prince, qui espérait-là retrouver ses esprits, s'empressa d'accepter et c'est en toute hâte qu'ils se rendirent au cabinet de musique du château.

"Voulez-vous que je vous joue un air?" demanda la princesse.



Mais au lieu de répondre, le prince se précipita à la fenêtre et arrosa de son thé tout juste avalé le pauvre gardénia qu'il venait de planter.

Gênée, la princesse n'osa rien dire mais ne s'en pensa moins. Qu'il est donc mal-élevé de venir rendre visite quand on est à ce point indisposé, pensa-t-elle.
Cependant, lorsque le prince se retourna et qu'elle vit son armure et sa chemise éclaboussées, elle n'eut le cœur de le laisser ainsi.
"Puis-je mettre votre chemise à sécher?" demanda-t-elle.
Le prince, un peu honteux, se dévêtit et lui tendit son étoffe.
"Attendez-je vais chercher les pinces à linge !"


Mais lorsqu'elle revint, les pinces dans les mains, elle se rendit bien compte que quelque chose chiffonnait le prince...
"Peut-être préférez-vous que je mette votre chemise sur un cintre? Ainsi elle sera moins froissée!" dit-elle en repartant en direction de la buanderie.

Mais quand elle revint avec le cintre, les jambes du princes se dérobèrent sous lui.


"Vous n'êtes vraiment pas raisonnable d'être venu me voir dans un tel état!" le gronda-t-elle. Venez, je vais vous reconduire à votre château.

Mais lorsque la princesse ouvrit la porte de sa calèche électrique (le dernier cri, avec ABS, air-bags et tout le toutim...)



le prince prit ses jambes à son cou!

"Malade!" l'entendit-elle crier au loin.

Je savais bien qu'il était souffrant, pensa-t-elle, mais il n'est vraiment pas raisonnable de vouloir rentrer à pieds dans son état. Ah, les princes ne sont décidément pas aussi charmants que je ne me l'étais imaginé!

Y-aurait-il des ogres sur Mystic.fr, se demanda-t-elle. Quoi qu'en disent les contes, ils sont peut-être plus amusants que les princes ?



Toutes les illustrations de ce post sont l'oeuvre de Julian Murphy, Senior Art Director au World Erotic Art Museum de Miami Beach. Cet artiste réussit l'exploit d'allier illusion, humour et érotisme dans ses drôles de créations que vous pouvez retrouver ici


12 commentaires:

  1. J'aime beaucoup l'histoire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Farore, je suis heureuse que ce petit conte vous ait plu! :-D

      Supprimer
  2. jacobi9/4/14

    c est compliqué
    moi je l aurais pas invite :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben ça c'est normal, les princes n'invitent pas les princes! Enfin si, ça dépend des princes... Bon, vous auriez invité l'ogre, à la place? :-)

      Supprimer
    2. jacobi10/4/14

      j aurais juste aime me faire inviter :-)

      Supprimer
    3. Vous, vous n'auriez pas pris vos jambes à votre cou, n'est-ce pas? Bon, c'est que vous êtes un ogre, alors... :-D

      Supprimer
  3. J'ai beaucoup ri, j'ai adoré l'histoire. L'alliance avec les images est très bien trouvée !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Sansperdrehaleine! Je suis vraiment ravie que vous ayez passé un bon moment à lire ce petit conte qu'il m'a beaucoup amusé d'écrire... les illustrations de J. Murphy étaient réellement inspirantes!!! :-D

      Supprimer
  4. Absolument ex-cel-lent...

    Bravo Amandine, un grand post !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un grand post, je ne sais pas, mais un post qu'il m'a fait particulièrement plaisir d'écrire, ça c'est sûr! Merci de ces gentils mots, Mlk! :-)

      Supprimer
  5. Conte très plaisant à lire.... Mais, finalement, est-il si incroyable que les princes charmants ne succombent pas aux charmes des corvées ménagères? ;-) Comme quoi la gent masculine pourrait avoir à y gagner...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais il est un peu mufle quand même, ce prince charmant, parce qu'après tout c'est à cause de toutes ses bêtises et maladresses que la princesse est obligée à se livrer à ces tâches ménagères... :-D

      Supprimer

Merci de bien vouloir utiliser un pseudo pour vos commentaires (Il suffit de cocher la case nom/URL et d'y inscrire le pseudo que vous voudrez en laissant vide la case URL).
Les commentaires anonymes seront effacés.