mardi 27 mai 2014

La maîtrise du Matador


Il était convenu qu'il vienne la chercher ce mardi matin. Elle n'avait aucune idée d'où il comptait la conduire, ni pour combien de temps. Elle avait jeté à la hâte quelques affaires dans une valise et guettait son arrivée, mi-pressée, mi-anxieuse. Lorsqu'il fût enfin là, elle se précipita hors de la maison et s'engouffra dans la Mercedes. Il lui sourit mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Ils se mirent en route, mais plus les kilomètres défilaient plus son malaise grandissait. Pourquoi un tel mutisme? Sans y prêter attention, elle commença à mordiller le bout de ses doigts. 

Le voyage les conduisit jusqu'à un vieux manoir abandonné au milieu de nulle part. Toujours muet, il la prit par main et la mena dans une pièce qui avait dû être une chambre d'enfant autrefois. Un petit lit sans matelas gisait au milieu de la pièce. 

Il s'approcha d'elle et prit son menton entre ses mains

- Mademoiselle, prononça-t-il en la fixant droit dans les yeux, inutile de jouer les madones. Je suis très mécontent de ton comportement. 

Elle fit un mouvement pour se dégager mais il la maintenait fermement contre lui. Elle serra les mâchoires, prête à mordre ce macho s'il ne cessait pas dans la minute ce petit jeu monstrueux. Elle se maudit d'avoir accepté son invitation. Manifestement, il l'avait en ligne de mire et ne semblait pas prêt à lui accorder sa miséricorde. Cela faisait un mois qu'il menaçait de la corriger si elle ne modifiait pas d'elle-même ses mauvaises manières. Inutile de se mentir, il la tenait à sa merci et il serait sans doute malvenu de marmonner ce qu'elle pensait de ce mécréant malfamé si mal intentionné à son égard. Ce malotru comptait-il vraiment la maltraiter

Maladroitement, elle tenta de minimiser ses méfaits.

- Ne joue pas les mégalo avec moi, lui dit-t-elle, sans mâcher ses mots. Il s'agit d'un malentendu. Je n'ai jamais, ni manigancé, ni manipulé qui que ce soit! Si tu n'étais pas si misogyne et si mesquin, jamais tu ne te serais mépris sur mes intentions ! Maintenant, arrête cette mascarade !

- Tu n'es pas encore prête à faire de méa-culpa à ce que je vois , maugréa-t-il. Mais cela viendra ! Tu va recevoir une leçon magistrale et il sera inutile de faire appel à ma mansuétude ou de chercher à minauder ! Tu peux jouer la maligne mais ton manège ne marchera pas cette fois-ci. Ça va barder pour ton matricule, crois-moi. J'en ai maté de plus coriaces et je ne ménagerai pas mes efforts. Mais avant cela, tu vas méditer sur tes manquements et sur leurs conséquences en marinant ici quelques instants. Va t’asseoir sur le lit et n'en bouge plus, sinon je t'y menotte, compris ?

Il quitta la pièce, en espérant que sa manœuvre allait manu-militari porter ses fruits et qu'elle finirait par retrouver la maîtrise d'elle-même. Il avait un message à lui faire passer et il commençait à prendre la mesure de la tâche qui l'attendait. Il y avait trop longtemps que cette mijaurée se moquait de lui. La moutarde lui montait au nez quand il repensait à la manière dont elle lui avait manqué de respect. Il n'allait pas se laisser ainsi marcher sur les pieds et ne se laisserait plus avoir par son minois, si mignon soit-il. Il n'avait pas de baguette magique pour changer son mauvais comportement, mais il savait colorer au magenta une certaine partie de son anatomie et il n'allait pas s'en priver. Peut-être allait-il majorer sa punition de quelques marques qui seraient du plus magnifique effet sous son maillot de bain ? 

Cela faisait déjà trente longues minutes qu'elle se morfondait dans cette pièce obscure. Combien de temps encore ce mufle allait-il la laisser moisir là ? Elle commençait à réfléchir sur sa mésaventure. Allait-il vraiment la martyriser ? Ne mélodramatisons-pas, se morigéna-t-elle. Malgré ce qu'elle avait pu lui dire, il n'était pas si malveillant à son égard. Mais elle ne le mésestimait pas non plus. Il n'avait rien d'un matamore et elle ne connaissait que trop bien sa maestria quand il s'appliquait à la punir. A chaque fois, la leçon s'était avérée mémorable et elle était mortifiée de devoir en recevoir une à nouveau. Mais quand fera-t-elle enfin preuve d'un peu de maturité ? Elle se sentait misérable.

Elle ne l'entendit pas entrer dans la pièce et ne se retourna pas. Il eu tout le temps de l'observer minutieusement. Elle semblait désemparée, malheureuse et fragile. Le masque de méchanceté qu'elle avait revêtu quelques heures plus tôt avait fini par tomber. Il n'y avait plus de malice, juste une jeune femme meurtrie de s'être mal conduite. Mais il ne lui fallait pas mollir pour autant. Elle devait recevoir ce qu'elle méritait

- Va chercher le martinet, lui dit-il en désignant du regard le marbre de la commode sur lequel gisait l'objet maudit.

Médusée, elle le regarda quelques instants avant de s'exécuter. Elle espérait qu'il la corrigerait de ses mains, mais ses maladresses à répétition méritaient plus, c'était certain. Mutine, elle aurait pu faire mine de pleurer et de chercher un mouchoir, mais elle ne voulait plus lui mentir. Elle lui tendit le manche et attendit modestement son sort. Elle voulait mettre fin à leur mésentente et aucun autre motif n'aurait pu davantage la motiver. Les lanières mordirent ses chairs sans ménagement, mais elle se sentit étrangement mieux et murmura à mi-voix un « je t'aime » que jamais il n'entendit.


19 commentaires:

  1. Annonciate27/5/14

    Très beau texte;

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    1. Merci de ces gentils mots et bienvenue sur ce blog, Annonciate ! :10:

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    2. Peter Pan27/5/14

      Bonsoir Amandine !


      Superbe ! Ah les bienfaits de la punition !! Rien de tel pour renforcer les sentiments. Un relâchement complet. Psychologique et physique; Une cure bénéfique. Mieux que du Synthol ! Une communion en parfaite osmose entre deux êtres. A essayer d'urgence.
      Bravo, Amandine. Encore merci. Peter Pan.

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    3. La fessée permet de surmonter toutes les tensions et de continuer à s'aimer aussi intensément qu'au premier jour. A condition que les deux partenaires aiment cela, bien sûr. :-)

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    4. Peter Pan27/5/14

      Bonjour Amandine !

      Je vous propose ce petit texte :


      Au bord de la Mer
      Marchaient Marc et Marie
      Au sortir de l'Hiver
      Par une Matinée sans pluie
      Là-haut, sur la lande paissent de gras Moutons
      Sur la grêve inondée se hissent les Manchots
      Au loin de hardis Marins remontent leurs filets de poissons
      La Marée fut bonne et l'on rentre aussitôt.
      Dans le resac plongent les Mouettes
      Le spectacle est joli
      Les Macareux volent au dessus de nos têtes
      En ce beau mois de Mai
      Dame Nature assoupie
      déploie ses Merveilles
      C'est le printemps aujourd'hui !

      Petit poème aux embruns iodés...
      Bonne soirée. Peter Pan

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    5. Merci pour ce joli poème, Peter pan, qui pourrait presque se dérouler sur nos jolies côtes normandes (parce que quoi qu'en disent les mauvaises langues, il n'y fait pas si froid que l'on puisse y rencontrer des manchots) ! :-D

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  2. Bonsoir Amandine,

    très joli texte, d'un couple qui s'offre un moment d'amour et d'abandon.

    Une question de tricheur cependant (hooouuu le vilain sournois se dit-elle soudain) : "Malintentionné", qu'est-ce donc? Un "malin attentionné" certainement. ^_^
    Une définition qui colle à la peau des fesseurs assurément : Malin pour piéger le petit lapin coquin, et attentionné car je ne connais pas d'homme plus attentif au bien être de sa princesse qu'un spanker. Personne ne croira en un monstre mal intentionné...

    Me permettrez-vous de vous faire partager mon texte?
    Évidemment, nous partagerons bien des mots pour l'occasion, veuillez donc me pardonner d'avance pour les redondances...

    Bonne soirée

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    1. Heureusement que vous êtes là pour corriger toutes mes fautes d'orthographes, Gabriel ! :10:
      Mais du coup, je ne sais plus quoi écrire car si mal intentionné conviendrait bien davantage à nos académiciens, malin attentionné, comme vous l'avez très justement souligné, ferait bien plus sens ! :-D

      Je serais ravie, tout comme, j'en suis persuadée, l'ensemble des lecteurs de ce blog, de lire votre nouveau texte. Bien sûr qu'il y aura sans doute des redondance car la contrainte du M, l'air de rien, est vraiment très forte. Mais cela n'a vraiment aucune importance et je suis certaine qu'il sera délicieux. Il me tarde donc! :-))))

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  3. Petite histoire à une seule lettre, pour un seul être, Mushi (Mon Mirage, Ma Moitié, élégante et Merveilleuse, Mimant les Mauvaises Manières pour Monopoliser toute Ma "Martialité"), et lui dire 180 fois je t'M

    Dans un Manoir de Mont-de-Marsan, Mushi se Mortifiait d’être Manifestement Malhabile et Malpolie, cette Maladresse créant Moult Malentendus. Cette Malédiction la rendait Malade et Muette.
    Ne Masquant plus sa Mélancolie, un Matin de Mars, la Maline Mandata par Message son Mari Michel d'être son Maître, lui Mandant de la Malmener pour Magnifier ses Manières et sa Maturité.

    Ni Méchant ni Machiavélique, le Mâle n'aimait pas Maltraiter sa Mie Mais il comprit la Mesure de sa Mission. Il Modifiera, au Moins à la Marge, les Modestes Mœurs de sa Moitié Meurtrie et Maussade, pour la Métamorphoser en Modèle de Maintien.

    Un Mardi Malchanceux, Malgré Maint Manœuvres Manquées de Michel :
    - "Merde! " dit Machinalement Mushi, par Mégarde Momentanée.
    - "Misère ! Je vais Mater ce Maléfice!" Menaça le Mentor, la Sachant Maniable et Manipulable.

    La Moqueuse Mimiqua le Minois Médusé d'un Mastiff Malheureux :
    - "Oh, Minou, soit Magnanime!" Minauda-t-elle pour Minimiser le Motif de Mécontentement du Mari.
    - "Monte, Mauvaise fille!" Maugréa le Missionné, Martial, Montrant la Mezzanine.

    ...

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    1. Merci, douce Amandine,

      pourtant ce ne sont que des mots de tous les jours. Je m'interdis l'usage d'un dictionnaire (de toute façon, là où je suis, il n'y en a pas) pour ne pas utiliser de mot trop pompeux.
      C'est aussi grâce au délai supplémentaire que vous m'avez accordé (si si, je suis sur que vous l'avez fait exprès ^_^)

      Donc oui, aujourd'hui est une lettre particulière pour un jour particulier.
      Ce serait beaucoup d'honneur à me faire si vous acceptiez de faire un billet de cet hommage effectivement affectueusement personnel.
      Accepteriez-vous de laisser l'accroche (petite histoire...) également ?

      Par ailleurs, je m'aperçois qu'il vous manque la deuxième partie (le plus intéressant voyons). Ne l'avez vous pas ? Il nous faudra "corriger" cela.

      Bonne nuit
      -_-

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    2. Si, j'avais bien reçu la suite mais ne l'avais pas vue. :-)
      Je publie de ce pas votre petite merveille, en espérant trouver une illustration digne d'elle (mais là, j'en doute un peu...).
      Bonne nuit à vous et encore merci !

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  4. ...

    A ces Mots Magiques, elle Monta les Marches, pensant Mériter une Monumentale Morale. Mais la Malheureuse eu un Mirifique Malaise quand, Minée, elle fut Mise nue au Mur par son Malicieux Mari, à Méditer devant un Miroir Moqueur.

    - "Ce Mardi, tu Mérites la Méthode Manuelle Ma Mignonne !" Marmonna-t-il, Montrant sa Main.
    Méticuleux et sans Mollesse, il Molesta sans Ménagement la Mégère, Maitrisée et Maintenue à Même la Moquette d'une Mainmise Magnétique et Militaire.

    - " Celle-là sera Magistrale, et Même Mieux : Mémorable !" Mugit le Meneur.
    Maniant le Martinet avec Maestria, il Marbra Majestueusement les Monts Mouvementés et Mouvant de sa Mutine, le Moindre Millimètre Minutieusement Marqués d'une Multitude de Morsures Mauves et Magenta.

    Cette Musique Mélodieusement Martelée, Mêlée aux Mélopées Mezzo-forte de sa Muse Mendiant Miséricorde, Mis le Mélomane en éMoi.

    - "Merci Monsieur!" Miaula la Martyrisée, Mortifiée Mais enfin Maniérée, à son Maître qui Maintenant la Massait avec Mansuétude sur le Matelas Marital. Puis, se sentant Moite, Mushi Mis la Main sur sa Minette Mystérieusement Mouillée par cette Mésaventure. Matant Mielleusement son Mari, elle Murmura :
    - "Et Maintenant ?"

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  5. Oups, je n'avais vu pas qu'il y avait une suite (blogger a le terrible défaut de placer tous les commentaires dans le même mail, du coup je m'y perds parfois quand il y en a plusieurs du même auteur).
    Je suis donc doublement abasourdie par votre talent !!! :-D
    Mais comment arrivez-vous à écrire un texte entier en utilisant quasiment que la lettre M, c'est incroyable!
    Puis-je le publier en billet dédié? Je sais que c'est à vous de décider mais, par pitié, vous ne pouvez pas dire non, n'est-ce pas? :-D
    Merci infiniment pour ce merveilleux texte que vous nous offrez-là, Gabriel :10:

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  6. jacobi28/5/14

    Martinet c'était forcément le mot du jour ;-)

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    1. Mardi, jour du Martinet?
      Mais oui, répond la demoiselle en pirouettant, c'est pour cela que j'ai retardé la sortie du billet M...
      Remarquez, le Mercredi aussi, non? :-D

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  7. Peter Pan28/5/14

    bonjour Amandine !


    En effet, chaque jour de la semaine pourrait correspondre à une facette de notre fantasme favori: ainsi : Lundi , la Lune -à rougir, Mardi, le Martinet (pas l'oiseau) Mercredi : Main ((fessée à la), Jeudi : jupe (fessée sur la), Vendredi, la Vilaine,
    Samedi, sage comme une image, et Dimanche, la dévergondée.
    Je sais, c'est un peu tiré par les cheveux comme l'on dit . Mais bon...
    Une piste à suivre ? Peter Pan

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    1. Bonjour Peter Pan ! Puis-je faire un vœu? Que chaque jour soit un mercredi !
      :91:

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    2. Peter Pan28/5/14

      Bonjour Amandine !

      Encore un essai de rime :

      Lundi matin Ludivine et Léo
      tendrement enlacés
      s'éveillent au jour nouveau
      et savourent leur café
      Mardi Ludivine part au marché
      Elle siffle joyeusement
      Zut! fit-elle. J'ai oublié la monnaie
      Comment vais-je faire à présent ?
      Son fiancé la gronde et lui promet une fessée
      Sur ses genoux elle s'asseoit pour mieux l'embrasser
      Mercredi arrive déjà
      Elle frissonne au lever.
      Mon chéri n'est pas là
      Prépare t-il ma fessée ?
      Jeudi la jouvencelle jolie
      de son manège n'est pas dupe
      Elle s'allonge sur le lit
      et relève ses jupes...
      Vendredi matin inspirée par Vénus
      elle rumine sa revanche
      Eh bien je serais Vilaine
      Si tel est ma vengeance
      Samedi ravisée de sa conduite
      Elle songe à la fessée
      Je me suis mal conduite.
      Voudra t-il me pardonner ?
      Aujourd'hui c'est Dimanche !
      Pour Ludivine la Dévergondée
      C'est vraiment pas de chance
      C'est la Déculottée !!
      Demain c'est reparti pour une autre semaine
      C'est toujours comme çà
      Quant on veut dire je t'aime...

      Ode à la Belle Demoiselle
      bonne après-midi. Peter Pan

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    3. Bravo Peter Pan, cette petite ode est absolument charmante !!!
      Merci de ce joli cadeau! :10:

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