lundi 3 novembre 2014

Quelques jours hors du temps (2)



Elle venait de traverser la moitié de la France et parcourait en train les derniers kilomètres qui la séparait du lieu de leur rencontre, une bulle d'amour et de discipline qu'il avait préparé seul, sans jamais lui en parler.

Son seigneur, comme il aimait qu'elle l’appelle parfois, avait tenu à ce qu'elle voyage en train, au moins en partie, afin qu'elle ait le temps de se préparer psychologiquement au choc de leur rencontre, qu'elle ressente, à travers le regard des autres voyageurs, la honte secrète de son châtiment à venir, qu'elle en ressente la peur aussi, que ses fesses encore si pâles commencent à frisonner, que son ventre se contracte, que son sexe s'humidifie au moins un peu...

Il n'avait pas voulu lui donner l'adresse de l'hôtel, elle ne l'obtiendrait qu'une fois arrivée en gare. Et s'il ne le faisait pas, se demandait-elle. Et s'il ne venait pas? Et si tout cela n'était qu'un rêve et qu'elle doive se réveiller, hagarde, gare Saint-Lazare? Elle essayait de chasser ces pensées de sa tête mais ses jambes tremblaient.

L'annonce d'un message résonna sur son téléphone, le nom d'un hôtel, le chemin à suivre pour le trouver, tout vint à point nommé. A tel point qu'elle ne pu s'empêcher de se retourner pour voir s'il ne la suivait pas, à quelques mètres derrière elle, amusé et ravi. Mais non, il n'y avait personne. Il se trouvait à des centaines de kilomètres de là et elle le savait bien!

Arrivée devant l'hôtel, elle marqua un temps d'arrêt. C'était un très bel établissement, très luxueux, très chaleureux aussi. Elle se présenta à l’accueil et demanda la chambre de Monsieur. Un bagagiste vint prendre sa valise et l'accompagna jusqu'au magnifique appartement que son seigneur avait choisi avec le plus grand soin. Il était parfaitement situé, dans une aile de l'hôtel, complètement à l'écart des autres chambres. Cela la fit sourire. Ils pourraient faire autant de bruit qu'ils voudraient... Elle sentit son estomac se tordre à nouveau à cette idée. 

Le bagagiste ouvrit la porte et elle entra, émerveillée, dans l'écrin de leur amour pendant ces quelques jours. Elle entendit un cri d'exclamation. « Quel beau bouquet ! ». Elle tourna la tête et vit un magnifique bouquet de roses posé sur la table du salon. Des roses énormes, elle n'en avait jamais vue d'aussi belles! Elle s’avança pour sentir leur odeur si délicate. A partir de ce moment-là, elle eu la certitude que tout se passerait bien, qu'elle allait vivre un rêve, qu'il était le plus merveilleux et le plus attentionné des hommes de cette terre, de cet univers, et de tous les univers qui pouvaient exister. Le bouquet avait été livré quelques minutes à peine avant son arrivée. Mais comment faisait-il, ce grand magicien ? 

Elle explora avec curiosité le reste de l'appartement, le salon, la chambre, les deux salles de bain... Elle lui envoya un message pour lui dire combien elle était touchée de ce bouquet, de l'appartement qui était magnifique (mais dans lequel il n'y avait aucune chaise, ajouta-t-elle malicieusement) et combien elle avait hâte qu'il la rejoigne enfin. Mais elle devait encore patienter quelques heures. Il lui demanda de s'installer, de préparer l'appartement, de se reposer et de repenser aux fautes qu'elle avait commises ces dernières semaines et dont elle devrait lui rendre compte le soir venu. Elle rechercha vite le carnet dans lequel elle avait tout consigné et le posa sur le lit. Elle le contempla quelques instants mais ne pu se résoudre à l'ouvrir. Elle allait prendre un bain, plutôt, et essayer de se détendre un peu...

Une heure plus tard, elle sortit de la salle de bain, douce et reposée. Elle commença à vider sa valise et à ranger toutes ses affaires dans les placards et les penderies. Elle disposa les petits présents qu'elle lui destinait sur la commode. Une fois que tout fût en ordre, elle contempla à nouveau le carnet. Il fallait qu'elle se mette à ses révisions, sérieusement, il n'allait plus tarder à arriver maintenant. Elle s'assit sur le lit, s'y allongea. Il était immense, ce lit. Elle se releva pour essayer de le mesurer. Il devait faire deux mètres de largeur. Elle se rallongea, en travers. Deux mètres, c'était presque sa taille à lui! Elle essaya d'imaginer son corps tout contre le sien. Elle tendit la pointe de ses pieds mais était bien loin d'atteindre l'autre extrémité du lit. Il était si grand son Monsieur! Arriverait-elle à atteindre son épaule si elle se mettait sur la pointe des pieds? Avec des talons vertigineux? Elle attrapa un oreiller qu'elle sera dans ses bras. Bientôt ce serait lui qu'elle serrerait ainsi... Cette idée la fit sourire.

Les minutes défilaient et elle ne s'était toujours pas concentrée sur ce qu'il lui avait demandé! Il n'en serait pas content, de cela elle en était persuadée. Elle se rassit sagement sur le lit et ouvrit le carnet. Il débutait sur les règles et les consignes d'attitude qu'il lui avait imposées au fil du temps et qui formaient à présent les bases de leur discipline "punitive". Elles se basaient sur les fameux 4 D de la Discipline Domestique. Elle relu les phrases qu'elle lui avait adressées quelques temps auparavant, lorsqu'il lui avait demandé de reformuler les consignes qu'il lui avait données afin de s'assurer qu'elle les connaissaient bien.

« Une fessée punitive me sera donnée en cas de désobéissance, de comportement dangereux, de mensonge ou de malhonnêteté et de manque de respect. 

Mon respect envers vous s'exprimera notamment à travers le respect strict des consignes d'attitude que vous m'avez données, à savoir ne jamais attenter sans raison à votre autorité, ne pas essayer de vous déstabiliser, ne pas me rebeller, ne pas contester vos propos, ne jamais me montrer directive envers vous ni même vous donner de conseils (seules les suggestions me sont autorisées), ne jamais vous couper la parole ni tenter de mener notre conversation. Aucune forme d'agressivité ne m'est permise au sein de notre relation, tout comme aucune confrontation intellectuelle. La badinerie comme les coquetteries seront à éviter. Je devrai toujours apporter la plus grande attention à vos paroles et répondre impérativement à vos questions et demandes.

Pour ce qui concerne la désobéissance, il est évident que je devrai obéir à ce que vous me demandez et ne pas en oublier, en parties ou en détails, comme je l'ai trop souvent fait au début de notre relation. Répéter plusieurs fois la même faute d'orthographe, comme il m'est arrivé de le faire alors que vous l'aviez relevée et que vous me l'aviez expliquée, devra aussi être considérée comme un manque d'obéissance. 

Le mensonge et la malhonnêteté seront interdits, tout comme la mauvaise foi dont j'ai parfois fait preuve et qui relève d'une forme de malhonnêteté intellectuelle.

Enfin, concernant les comportements dangereux, nous avons déjà relevé un manquement dans la gestion de mes priorités qui me conduit parfois à me coucher trop tard et à souffrir d'un manque de sommeil. »

Elle releva la tête. Toutes ces règles, elle les avaient bien en tête. A chaque fois qu'elle avait commis une faute, il les lui avait rappelées ou fait énoncer lorsqu'elle lui en demandait pardon. 

Elle poursuivit sa lecture du carnet par les différents types de fessées qu'il serait amené à lui donner. 
  • « Des fessées "correctives" : pour sanctionner tes petites erreurs et te remettre dans le "bon chemin";
  • Des fessées "punitives" : pour sanctionner les infractions plus graves, aux 4 D et notamment aux consignes d'attitude ;
  • Des fessées "plaisir" : un moment spontané de partage gratuit, souhaité ensemble par nous deux, normalement plus légères ; 
  • Des fessées "d'entretien" : pour entretenir notre relation, notre discipline, sans motif nécessaire si ce n'est celui-ci, générique, et dès lors qu'elles sont convenues d'avance dans leur date, et dès lors bien expliquées et comprises ; 
  • Des fessées de "reprise en main", lorsque l'on ne s'est pas vus depuis longtemps ; 
  • Des fessées "impérieuses", quand l'on en ressent le besoin irrépressible, en cas de stress, par exemple, ou lorsqu'un sentiment de culpabilité s'installe en dehors de toute cause qui concernerait notre relation. Ces fessées-là seront normalement plus forte que des fessées "plaisir". 
Tu as toute liberté de t'exprimer sur l'opportunité de la punition que je te destine, mais sache qu'il en sera à tes risques et périls si ta contestation n'est pas correctement justifiée. »

Elle eu un petit frisson en lisant cette dernière phrase. Non, elle ne contesterait jamais son autorité et son jugement !

Ce soir était prévu une fessée de "reprise en main", la plus sévère de leur liste, celle qui visait à remettre toute chose en place. Ils enchaîneraient les jours suivants avec les différentes fessées "punitives" qu'elle avait méritées et dont la liste détaillée couvrait les pages suivantes de son carnet. Elle y jeta un œil mais le referma vite. Elle n'avait aucune envie de se replonger dans toutes ses erreurs. Elle était heureuse et n'avait pas envie de regarder ce qui parfois l'avait fait pleurer. Tant pis, elle improviserait si, troublée par son regard perçant, elle ne se souvenait plus...

Elle retourna dans la salle de bain pour y mettre un peu d'ordre et ranger tous les produits qui y traînaient encore, puis revint s'asseoir sur le lit. Elle jeta un coup d’œil à son téléphone et s'aperçut qu'elle avait reçu un nouveau message. "J'arrive dans 5 minutes. Viens m'accueillir dehors si tu n'as pas trop froid?". Mince, mais quand est-il arrivé ce message? Elle maudit son iPhone qui n'affichait pas les heures de réception des SMS et se précipita pour enfiler ses chaussures et son manteau. Elle avait oublié d'enlever son collant. Tant pis, elle n'avait plus le temps! Etait-il déjà arrivé? L'attendait-il en bas depuis longtemps? Elle descendit en hâte dans le hall de réception de l'hôtel, où elle le trouva en discussion avec la réceptionniste. Il l'aperçut et vint l'embrasser avant de retourner à la réception. Mon Dieu, qu'il est beau ! pensa-t-elle, avant de se sentir envahie par la honte et la gêne d'avoir échoué à lui obéir dès la toute première minute de leur rencontre...

(à suivre)

12 commentaires:

  1. Anonyme3/11/14

    LA MAIN TENDUE
    Son âme glissait dans leur univers
    Comme une main dans un gant
    Son corps (à elle) la suit
    Doux comme un gland…

    Frank de Munich ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce beau poème, Frank ! :10:
      Il est merveilleusement écrit et le français n'est même pas ta langue natale... Tu as vraiment énormément de talent ! Merci de me l'offrir ici. :-)

      Supprimer
  2. Je suis attentivement cette histoire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cette histoire est très récente et j'essaie de la transcrire de la manière la plus fidèle possible à la réalité. Mais j'avoue que mon esprit s'embrouille déjà, notamment au niveau de toutes les fessées reçues. Je vais faire de mon mieux... :-)

      Supprimer
  3. Le diable est dans les détails, chère Amandine. Surtout dans les relations de cette sorte , un geste manqué, une pensée qui s'égare, un oubli...et une partie de la magie s'envole.
    Heureusement, vous pouvez vous faire pardonner. :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je dois vous avouer, cher Hadrien, que je suis une très piètre soumise. Je suis une aimante douce, attentionnée et plus docile que la moyenne. Mais de là à atteindre le niveau d'abnégation dont doit faire preuve une soumise, j'en suis encore très loin. Même si, à ce qu'à pu me dire mon grand Monsieur, j'ai fait quelques progrès... :-)

      Supprimer
  4. vous voyez, déjà en train de vous améliorer...c'est important d'être attentionnée et attentive aussi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Attentionnée je le suis (du moins, je l'espère) mais attentive, pas assez, parce que je n'ai pas l'habitude d'une attention aussi soutenue dans une relation mais aussi parce que je ne comprends pas toujours, ni ce que l'on attend précisément de moi, ni à quel point ce que je dis ou fais peut-être interprété d'une manière très différente de l'intention que j'y mets. C'est parfois très perturbant. :-)

      Supprimer
  5. c'est une torture votre truc.
    viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Dita, je vais essayer de me dépêcher d'écrire la suite... :-D
      Mais il n'y aura ni fouet (pas même un martinet), ni torture dedans, soyez rassurée... :-D

      Supprimer
    2. Juste une main ?
      Ahhhhhhhh
      N est ce pas le meilleur ? Je n'ai toujours pas essayé.


      Euh..... Comment ça c est pas encore écrit ? Je trépigne comme une sale petite gamine :p

      Supprimer
    3. Oh mince, vous n'avez toujours pas essayé ! Le prince charmant va se faire tirer les oreilles... :-D

      Il n'y a pas eu que la main qui m'ait punie, mais disons que c'était tout de même l'instrument principal. :-)

      Supprimer

Merci de bien vouloir utiliser un pseudo pour vos commentaires (Il suffit de cocher la case nom/URL et d'y inscrire le pseudo que vous voudrez en laissant vide la case URL).
Les commentaires anonymes seront effacés.