jeudi 6 novembre 2014

Quelques jours hors du temps (4)



Le téléphone les réveilla en sursaut, peu avant 7 h. Combien de temps avaient-ils dormi ? Une heure ? cet appel était pour leur signifier que le petit déjeuner leur était livré. Elle l'avait complètement oublié! Son grand Maître lui avait pourtant fait remplir la fiche de commande, la veille au soir, en lui précisant bien qu'elle devrait s'en charger durant tout leur séjour. Elle enfila en vitesse une tenue et alla ouvrir la porte où lui fut remis un lourd plateau. Elle installa les tasses, les verres, les viennoiseries et les confitures sur la table du salon, avec la drôle de sensation de jouer à la dînette. Il vint la rejoindre et l'embrassa tout doucement.

« Tu as bien dormi ? » lui demanda-t-il « Tu n'es pas trop fatiguée ? ».

« Non, je ne suis pas fatiguée. Et vous, comment vous sentez-vous ? »

Il lui sourit et retourna dans la chambre pour revenir avec un pot de confiture. C'était de la confiture de rhubarbe, sa préférée. Non seulement il s'en était souvenu, mais il lui avoua avoir eu énormément de mal à en trouver. 

« Tu te rends compte, il n'en vendent pas, ni chez Fauchon, ni chez Hédiard ! C'est incroyable, non ?»

Elle le regarda en silence. Elle avait envie de rire mais elle était trop émue. Lui, ce grand Monsieur aux responsabilités et au planning plus chargé que celui d'un ministre, avait passé un temps précieux à parcourir les épiceries parisiennes pour lui dénicher sa confiture préférée. Quelle plus belle marque d'affection et de tendresse pouvait-il lui donner ? 

Ils s'embrassèrent et prirent place pour faire honneur à ce merveilleux cadeau. Elle s'amusa à lui servir le café, à mettre de la confiture sur ses tartines, à lui proposer des viennoiseries... mais, pour tout avouer, ni l'un ni l'autre n'avait réellement faim. Ils leurs manquaient sans doute quelques heures de sommeil pour cela.

Ils rejoignirent rapidement la chambre, où ils reprirent leurs ébats là où ils les avaient arrêtés, quelques heures auparavant. Il lui apprit à se soumettre à lui sexuellement, à lui prodiguer les gestes qui sublimaient son désir et son plaisir. Si ses gestes étaient un peu maladroits au départ, elle progressa vite et en ressentit une énorme excitation, bien au-delà de tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Ce fût une merveilleuse découverte, pour elle comme sans doute pour lui. Il firent ainsi l'amour pendant de longues heures, explorant et stimulant réciproquement chaque parcelle de leurs corps. Reçut-elle des fessées ? Quelques claques sans doute, lorsque la position s'y prêtait...

Ils s'échangèrent également leurs présents. la condition de ces échanges étaient que ces cadeaux ne devaient pas être chers mais qu'ils devaient avoir une réelle signification pour eux. Le premier échange les amusa. Ils s'étaient offert tous les deux un carnet... ils étaient visiblement d'accord, le jour où Amandine ne commettrait plus de fautes et n'aurait plus besoin de règles et de correction n'était pas prêt d'arriver ! Elle lui offrit l'un de ses livres préféré, qui parlait de bonheur. Il lui offrit un livre pour son fils. Elle en fût terriblement émue... Elle lui offrit un parfum, pour les hommes intelligents, beaux et forts. Il lui offrit un bracelet en argent, comme symbole de sa soumission à ce grand homme si intelligent, si beau et si fort.

Vers onze heure, ils décidèrent de sortir prendre l'air et de profiter du magnifique soleil qui régnait sur Paris ce jour-là. Il la guida jusqu'au jardin des Tuileries où ils prirent place sur un banc un peu à l'écart. Le temps s'était arrêté. Ils étaient si bien sous la chaleur douce de cet été indien qui ne semblait pas vouloir se terminer. Elle avait posé la tête sur son épaule. Ils échangeaient quelques mots, puis s'embrassaient longuement, avant à nouveau d'échanger quelques mots... Ils étaient heureux, simplement, entièrement, merveilleusement hors du monde. 

A l'heure du déjeuner, il se mirent à la recherche d'un endroit où déjeuner. Ils n'avaient pas envie de quitter ce parc où ils se sentaient si bien et se dirigèrent vers l'un de ces attrape-touristes qui n'a de restaurant que le nom et où les clients sont très mal accueillis, mais qui a l'avantage de se situer dans ce lieu paradisiaque. Ils avaient faim à présent et mangèrent avec entrain avant de regagner leur hôtel. 

« Je peux te donner une fessée pour me donner le courage d'aller travailler cet après-midi ?» lui demanda-t-il, le regard pétillant. 

« Bien sûr, Monsieur » lui répondit-elle en se serrant contre sa poitrine. 

« Alors va vite enlever tes collants et ton soutien-gorge ! », ce qu'elle fit en un clin d'oeil, avant de revenir s'asseoir à ses côtés, sur le canapé. 

« Baisse ta culotte ».

Elle s'exécuta.

« Tu te sens soumise comme cela, fesses-nues devant ton seigneur ? »

« Oui, mon seigneur » lui répondit-elle, en lui souriant.

Il lui prit le bras et l'aida à s'allonger sur ses genoux. Il attendit quelques instants, puis commença à la fesser. Si les claques étaient douces au départ, leur intensité augmenta très rapidement. Même une fessée "plaisir" était une fessée bien sentie lorsqu'elle était donnée par ce grand seigneur. Lorsqu'il eut fini, elle avait les fesses brûlantes et sans doute bien colorées. Il l'assit sur ses genoux et la câlina quelques instants avant de se relever. Il devait partir à présent et elle le regarda passer la porte, le cœur déchiré et la culotte toujours aux chevilles...

Le soir-même, il avait prévu de l'emmener assister à un récital de piano donné par un jeune prodige israélien, Iddo Bar-Shai. Elle en était ravie. C'était la première fois qu'elle allait assister à pareil récital, et en sa compagnie, véritable virtuose lui-même, elle en était terriblement fière et heureuse ! Le théâtre était immense mais il avait réservé les meilleures places, juste en face du piano. Ils pouvaient voir les mains du jeune prodige voler au-dessus des touches du clavier. Tout était envoûtant. La musique, en premier lieu. Iddo Bar-Shai n'avait rien volé de son statut de jeune prodige et même s'il portait un costume bien trop large, même s'il faisait de drôles de grimaces quand il jouait, sa maîtrise était proprement incroyable. Ses doigts volaient au-dessus des touches et les notes s’envolaient dans une parfaite harmonie. Le public était sidéré. 

Elle était fascinée, aussi bien par le talent du pianiste qui jouait devant elle que par la manière dont le grand Monsieur qui l'accompagnait suivait ce récital. Il vivait la musique, il vibrait avec elle, il en chantait les notes silencieusement. Lors des plus beaux morceaux, il lui prit la main et elle pouvait ressentir ses vibrations tout en se laissant submerger par la mélodie. Ce fût un moment très intense, qui la marquera pour toujours, sans doute.

En sortant du Théâtre, ils allèrent dîner dans un charmant restaurant italien situé non loin de leur hôtel, puis regagnèrent leur appartement. Il voulu lui offrir une fessée "plaisir" mais, grâce au miroir qu'il avait placé judicieusement comme la veille,  il s'aperçut rapidement qu'elle avait mal et s'arrêta aussitôt en s'excusant. Elle était désolée et ne voulait surtout pas qu'il s'excuse alors qu'il ne voulait lui donner que du plaisir... Mais depuis le début d'après-midi, elle avait effectivement mal sur le côté des fesses et ne parvenait pas à en supporter la douleur lorsque les claques tombaient à cet endroit précis. Ils finirent la soirée en douceur, écoutant encore un peu de musique et finissant par s'endormir dans les bras l'un de l'autre. 

(à suivre)

26 commentaires:

  1. Paul auster8/11/14

    Bonjour amandine
    Un délicieux récit plein de tendresse, de délicatesse, et de chaleur... Auquel nul homme sensible et ferme en amour ne peut être insensible!
    Merci
    Un lecteur ému :-)

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    1. C'est à mon tour d'être très émue de votre message, Paul.
      Merci, infiniment... :-)

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  2. Peter Pan8/11/14

    Bonjour Amandine,

    Toujours aussi talentueuse ! ! ! un vrai feuilleton ! Soumise par amour... ou amoureuse soumise ? Telle est la question... On oscille tout au long du récit entre maladresse et amour sincère , d'un côté, et rigueur et jeu, de l'autre... Hum, quel délicieux suspense subtil et dosé !!! Encore merci !!! Peter Pan

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    1. Bonjour Peter Pan,
      Vous avez raison, un amour sincère n'empêche nullement les maladresses, tout comme une punition n'empêche nullement l'expression d'un amour sincère... :-)
      Merci beaucoup pour vos mots si encourageants !

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  3. Annonciate8/11/14

    Amandine, je ne peux guère dire mieux que mes deux prédécesseurs, merci à vous d' écrire si bien et de nous faire partager pas mal de sentiments.

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    1. Merci beaucoup de m'encourager si gentiment, Annonciate ! :-)
      En vérité, la seule personne à remercier ici est ce grand Monsieur qui a tout organisé, tout dirigé, et nous a fait vivre des moments et des émotions absolument inoubliables... :-)

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  4. Annonciate8/11/14

    Alors merci à ce Grand Monsieur de nous faire vivre des instants exceptionnels.

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    1. Peter Pan9/11/14

      Bonjour Amandine,

      La photo qui illustre ce récit a été prise dans un des jardins de la Capitale ? Difficile de lire la légende minuscule sur le côté de la photo.
      Est-ce celui du Luxembourg ou des Tuileries ? C'est un détail au passage.
      Bon Dimanche. Peter Pan

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    2. Bonjour Peter Pan,
      Il s'agit bien d'une photo du jardin des Tuileries. On y aperçoit le Louvre, au fond. Mais les chaises sont effectivement identiques à celles que l'on peut trouver au jardin du Luxembourg. :-)

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  5. J adore lire ce genre de récit.
    Ça me fait rêver doucement et j ai plein d 'image qui défile dans ma tete. Mieux qu un ciné :)
    Merci

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    1. Merci surtout à toi, Dita, de ces mots qui me touchent tant ! :-)
      Mieux qu'un ciné, je ne sais pas. Mais plus réel, certainement... :-D

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  6. J'avoue ne pas comprendre ceux qui aiment ce type de prose. Je pense au contraire que si vous développiez un style moins lourd, moins commun, voir récits y gagneraient.
    Je ne lis ici qu'une fille qui semble n'avoir d'autre possibilité pour vivre son univers fantasmatique que d'afficher platement les récits lourds de ses galipettes afin d'attirer les premier "monsieur" qui passe
    C'est dommage.

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    1. Ce que je ne comprends pas, moi, c'est que vous veniez perdre du temps à me lire puisque vous n'aimez pas ce que j'écris, et que vous en perdiez encore plus à y déverser votre fiel... masochiste, sans doute ? :-)

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  7. assred0610/11/14

    Pour 1% (voire même moins) de personnes insensibles à vos récits, il reste tout de même 99% qui attendent avec impatience la suite de ce récit ou le début d'une nouvelle aventure. Moi, votre récit me parle même si je suis un homme et que j'ai pas vécu ce type de soumission.

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    1. Merci beaucoup pour vos mots qui me touchent beaucoup et me réconfortent, Assred06. :10:

      Quand je lis des propos comme ceux tenus par ce Nikos, je me dis qu'il faut être timbré, ou sacrément frustré, pour venir déverser sa haine sur un blog que rien ni personne ne force à lire et qui, somme toute, ne parle que d'amour.

      Mais je vais essayer de me dépêcher d'écrire la suite de ce récit... ce soir, si tout va bien. :-)

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  8. je vote pour amoureuse soumise plutôt que pour soumise amoureuse. Mais comme disait l'autre "cela ne me ....regarde pas".

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    1. Vous m'avez parfaitement jugée, Hadrien, je peux être une amoureuse soumise mais ne parviendrai probablement jamais à être une soumise amoureuse... :-D

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    2. ne parlez pas de parvenir. Il n'y a aucune évolution, ni progression, juste des êtres humains

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    3. On entend souvent parler de "chemin de la soumission" au bout duquel on est est censée atteindre une forme de libération complète et inatteignable autrement... Je suppose que cela doit être vrai, mais réservé à des personnes bénies, une "élite" de la soumission, en quelque sorte... :-)

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    4. je pense , mais ce n'est qu'un avis personnel, et j'ignore s'il est validé par les grands manitous BDSM qu'il en va de la soumission et de la domination comme du pèlerinage à Compostelle. L'important n'est pas la destination, mais le chemin.

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    5. Cela me semble une démarche beaucoup plus sage en effet, du moins pour le commun des mortels... :-)

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  9. Peter Pan11/11/14

    Bonjour Amandine,

    Je suis du même avis que Mr Assred06 : vous avez, j'imagine, un certain esprit d'indépendance comme le prouve l'essence de votre présent Blog.
    On peut par amour pour sa/son partenaire se plier à ses désirs, pour faire plaisir, bien souvent, et ce tout en gardant sa personnalité intérieure, sans rien renier de soi.
    Etre d'emblée soumis/e , c'est se livrer pieds et poings liés à son bon vouloir , bien souvent. Un plaisir... à sens unique. Sans partage ! Dommage...
    Je me permets de vous imaginer dans le camp des gagnant/e/s. Of course !
    Peter Pan

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    1. Bonjour Peter Pan,
      Vous avez su mettre précisément le doigt sur ce qui me pose problème dans cette petite incursion dans le monde de la soumission, à savoir le sens unique de la relation.
      Avec ce merveilleux Monsieur, ma relation était vraiment très belle mais n'était centrée que sur lui. Pourquoi pas, après tout? Il est un homme hors du commun et ce fut réellement un grand honneur que de le servir! Mais ne plus avoir le droit d'exprimer une opinion, une envie, un désir, ne plus pouvoir échanger librement, d'égal à égale, cela m'a réellement perturbée. Je ne saurais vivre une relation comme celle-là à plein temps, j'ai trop besoin de vie, d'insouciance, de rire, d'exister en tant que moi-même, de tutoyer la personne que j'aime... :-)

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  10. Peter Pan11/11/14

    Bonjour Amandine,


    C'est toujours l'éternel problème du choix qui guide nos actions dans la vie et cela dans bien des domaines. Choisir sans se tromper. Exercice ô combien difficile. Mais c'est le résultat qui compte. Le bénéfice que l'on tire de ce moment, ce que l'on garde au fond de son esprit et de son cœur, en émotion ou en action...
    On peut être heureux/se en complète dépendance affective autant qu'en
    vie commune partagée. C'est selon le "feeling" de chacun/e et seule la vie nous permet d'affirmer ou non ce choix crucial: aventure passagère ou longue vie à deux. La vie est pleine de surprise... comme un billet de Loto ! Peter Pan.

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    1. J'aimerais bien gagner au Loto! Mais encore faudrait-il que je joue plutôt qu'aller me faire cuire un œuf, ou bien les fesses, ailleurs... :-)

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