mercredi 30 décembre 2015

Le parapluie rouge

Un petit conte de Noël, pour tous ceux qui passent encore là, malgré ce long silence...


Ils se promenaient dans les rues piétonnes de la petite ville côtière dans laquelle ils avaient trouvé refuge, quelques mois auparavant. Il faisait incroyablement doux. Le soleil inondait les rues et les sourires des passants. Peut-être était-ce l'approche de Noël ? Peut-être était-ce l'envie de vivre, plus que jamais, à présent ? 

Il l'avait abandonnée quelques instants, le temps de répondre à un appel urgent. Elle avait échouée devant une vitrine et l'avait vu, là, l'objet « idéal » à ses yeux. Il était tout rond, il était tout rouge et il allait la protéger… 

Elle sentit une main se poser sur son épaule. 

- Tu trouves ton bonheur ? 

C'était Luc, l’un de ses collègues préférés, un géant qui regardait le monde d’un œil toujours amusé, semblait-il. Il y avait quelques chose de profondément rassurant en lui. Peut-être était-ce dû à sa haute stature, ou bien à ce flegme quasi-britannique dont il ne se départait jamais. 

- Il est beau, tu ne trouves pas ? lui répondit-elle en désignant l'objet de sa convoitise.

- Si tu viens au boulot avec, tu vas faire de l'effet…

- Je n'irai pas dans les ateliers avec, rassure-toi !

- Dommage, ce serait nettement plus joli qu'un casque! Et puis rouge, pour toi, ce serait parfait, non? 

Ils riaient tous les deux de bon cœur lorsque qu'une voix sèche les interrompit.

- Je ne vous dérange pas, j'espère.

Elle sursauta en entendant sa voix, se sentant malgré elle prise en faute. Paul se tenait derrière eux, le visage fermé et les yeux rivés sur Luc. Au bout de quelques instants interminables, il finit par détourner son regard et réussit même à esquisser un sourire. 

- On y va ?

Elle prit le temps de dire au revoir à Luc avant de le suivre. Elle se sentait un peu perdue. Elle n'avait rien fait de répréhensible mais elle connaissait trop bien Paul pour ne pas comprendre qu'il était en colère. Peut-être se trompait-elle? Peut-être n'était-ce qu'un prétexte à relancer le jeu si spécial qui les unissait en secret? D'ordinaire, elle s'y serait laissé plonger avec délice, mais aujourd'hui un terrible doute l'assaillait. Etait-il sérieux? Etait-il réellement et stupidement jaloux? 

Ils traversèrent les rues en silence. 

- Qu'est-ce qui te contrarie ? demanda-t-elle aussitôt pour tenter de rompre le malaise. 

- Voir ce type te couver du regard. Entendre vos rires en ayant l'impression d'être un intrus. D'ailleurs, tu as sursauté quand je suis arrivé...

- Paul, ne soit pas stupide, ce n'était pas du tout cela. Luc avait imaginé une scène ridicule et cela nous a fait rire tous les deux, c'est tout !

- Je ne te savais pas jaloux sans raison, ajouta-t-elle inquiète.

- Quand je te vois rire avec un homme d'un air charmé, oui, je suis jaloux. 

- Tu voudrais que je ne parle à aucun homme ? 

Exaspérée, elle s'interrogea. Existait-il quoi que ce soit d'ambigu dans son attitude avec Luc? Bien sûr que non. Elle était très amoureuse de Paul, elle le désirait, l'admirait. Aucun homme ne pourrait jamais rivaliser avec lui.

Arrivée devant la maison, elle se jeta dans ses bras. Il se raidit mais la serra contre lui en murmurant: 

- Aurais-tu quelque chose à te faire pardonner ?

Elle eut l'impression de recevoir une douche froide. Etait-il sérieux ? 

Alors qu'elle franchissait la porte, il la saisit par un poignet et la fit pivoter vers lui. 

- Va dans la chambre et attend moi. Tu as mérité une bonne fessée mais je veux d'abord que tu réfléchisses à ton attitude. 

Elle le sonda du regard mais ne put déterminer s'il pensait sérieusement ce qu'il disait. Son visage demeurait impénétrable, comme toujours lorsqu'ils jouaient. Mais jouaient-ils ? Elle hésita quelques instants puis décida de lui obéir. L'envie et l'excitation de s'en remettre à lui grandissaient en elle, inexorablement. Elle connaissait par trop bien de phénomène qui contractait son ventre et la liquéfiait. Mais un étrange sentiment de malaise s'y mêlait aujourd'hui. Un sentiment qu'elle savait devoir éclaircir, coûte que coûte. 

Elle dû attendre une dizaine de minutes dans la position qu'il lui avait désigné, avant que Paul n'entre dans la chambre. Il s'assit dans un fauteuil et lui fit signe d'approcher. Il voulut la prendre par le bras pour la guider sur ses genoux mais elle se débattit. Elle voulait discuter avec lui, mais sans remettre en cause son autorité ni risquer de briser le charme de leur jeu, aussi s'agenouilla t-elle à ses pieds. 

- Puis-je vous poser une question, Monsieur ? 

Sans y réfléchir, elle avait utilisé le vouvoiement qu'il lui imposait toujours dans le jeu. 
Il acquiesça de la tête.

- La faute dont vous me rendez coupable est-elle pour vous réelle ou n'est-elle qu'un prétexte à cette punition ? 

- Je n'ai pas aimé ton attitude avec cet homme.

- Vos soupçons sont injurieux pour moi, est-ce qu'au moins vous vous en rendez compte? Devrais-je avoir peur et me sentir coupable à chaque fois que je rencontrerai un collègue ou un ami? Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, mais je n'ai pas envie de vivre ainsi. 

Les larmes coulaient sur ses joues. Consterné, Paul essaya de l'attirer à lui pour la consoler, mais elle se détourna. 

- Je t'en prie, murmura-t-il, ne te retourne pas. Pardonne-moi, j'ai été odieux, jamais plus cela ne se reproduira. 

Elle se retourna et l'observa. 

- D'accord, murmura-t-elle. Jamais, plus jamais ?

- Je te le promets. 

Le voir ainsi désemparé la bouleversa. Elle le désirait et voulait oublier ce terrible incident, que tout redevienne enfin comme avant.

- Donne-moi cette fessée, s'il te plait.

Il la regarda, encore plus désemparé.

- Je ne suis pas sûr…

- J'en suis sûre, le coupa-t-elle. S'il vous plait, Monsieur, je la veux.

Il lui sourit et lui prit la main. 

- Viens, lui dit-il, en la guidant sur ses genoux.

Elle fut déculottée sur le champ mais les claques ne commencèrent à tomber que lorsqu'elle glissa sa main dans celle qui lui était encore libre. La chaleur montait crescendo avec le rythme de la fessée. La douleur aussi, mais elle mit du temps avant de la percevoir. Petit à petit, elle n'arrivait plus contrôler, ni ses gémissements, ni le mouvement incontrôlé de ses jambes. Les claques s'arrêtèrent brusquement. 

- Va chercher la brosse !

Elle blêmit. Cet instrument, qu'elle détestait par-dessus tout, avait toujours été réservé à ses « vraies » fessées, celles qu'elle avait réellement méritées. Pourquoi l'envoyait-il la chercher? Elle plongea son regard dans le sien mais, encore une fois, ne put rien en décrypter. Elle se sentait perdue mais obtempéra, la mort dans l’âme. Elle lui tendit l'objet et reprit place sur ses genoux. Ses yeux commençaient à s'embuer alors même que la fessée n'avait pas encore repris son cours. Il la caressait, doucement, tendrement, ses doigts se perdant parfois dans profondeur humide qui lui était offerte. Elle commençait à se détendre, à perdre pied, à se laisser glisser dans la vague de plaisir dont il était  seul Maître. 

Il la releva, l'assit sur ses genoux et l'embrassa. 

- Je t'aime, tu le sais ?

Elle lui sourit et regarda d’un air interrogatif la brosse qui était restée bien en place sur l'accoudoir. 

- Merci d'être allée la chercher, murmura-t-il à son oreille, avant de l'emporter vers le lit pour d'autres ébats, plus doux.

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Le soir de Noël était enfin là. Le pied du sapin était parsemé de paquets cadeaux, des grands, des petits. Il y en avait un, surtout, qui attira immédiatement son attention. Il était rond, et long et…