lundi 18 avril 2016

Promesse (2)


Cette semaine-là lui avait semblé interminable, avec chaque jour le même rituel. Les heures s'enchaînaient au travail jusqu'à ce qu'épuisée, elle se décide à rentrer pour s'écrouler dans son lit et plonger dans un sommeil sans rêve. Elle n'avait aucune envie de revenir dans cet appartement vide où tout lui rappelait celui qui lui manquait, aussi y passait-elle le minimum de temps. La vaisselle s'empilait dans l'évier, ses vêtements s'éparpillaient dans tous les coins, le réfrigérateur restait désespérément vide. Elle ne s'était occupée de rien, ni du costume qu'elle lui avait promis d'aller récupérer chez le teinturier, ni du courrier qu'il avait préparé et qu'elle avait promis de poster. 

Mais il n'était peut-être pas trop tard pour se rattraper ? Son train ne devait arriver qu'en début de soirée, si elle partait maintenant elle avait largement le temps de faire les courses et ranger l'appartement. Son cœur se mit à battre un peu plus vite. Il n'y avait plus une minute à perdre ! 

Mais pourquoi lui avait-il envoyé ce bouquet de fleurs ? Ce pouvait-il que ce ne soit qu'une belle attention de sa part, une manière de lui monter qu'elle lui avait manqué à lui aussi ?

Qu'importe, elle allait le retrouver ce soir, lui et son beau regard. Celui qui pétillait quand il avait envie de lui faire l’amour. Celui, calme et posé, qu'il prenait pour lui expliquer des choses qu'elle ne connaissait pas. Et celui, si énigmatique, qui lui intimait l'ordre de se taire. Celui-là la troublait par-dessus tout. Elle adorait le provoquer, tester jusqu'où elle pouvait aller, combien de temps elle pouvait tenir en équilibre sur la limite avant que ce regard ne la foudroie et n'entraîne dans son sillage d'inévitables répercussions. 

Il exerçait son autorité subtilement. Là où un fesseur classique lui aurait immédiatement baissé la culotte et offert la volée de claques qu'elle méritait, Paul préférait la patience. Il ne la quittait pas des yeux tant qu'elle ne s'était pas excusée de son mauvais comportement et tant qu'elle n'avait pas avoué qu'elle méritait une fessée. A chaque fois la honte enflammait son visage, mais il n'y avait pas moyen d'y échapper. Comme si le temps s'était brusquement arrêté, son regard la transperçait jusqu'à ce qu'elle cède. Alors commençait la longue attente. Il ne la fessait jamais sur le moment-même, mais elle avait pleinement conscience qu'elle n'y échapperait pas. Parfois elle était fessée le soir-même, parfois le lendemain, elle n'avait jamais aucune certitude sur le moment qu'il jugerait le plus approprié. Il savait que plus l'attente serait longue, plus elle serait au supplice. A chaque fois qu'il s'approchait, elle ne pouvait s'empêcher de tressaillir et il aimait en jouer. Il déposait parfois un léger baiser à l'arrière de son cou et s'amusait à regarder la vague de frissons qui se propageait dans toute sa colonne vertébrale. La punition ne serait lancée que lorsqu'il l'enverrait au coin, mais il n'avait nul envie de la hâter. L'angoisse qu'il percevait en elle était déjà une leçon en soi...

(à suivre)

jeudi 14 avril 2016

Promesse


Ce vendredi-là, l'après-midi touchait presque à sa fin lorsque son attention se trouva brusquement détournée du dossier qu'elle était en train de traiter. Un appel provenant de l’accueil lui demandait de descendre. 

Le vieux gardien lui faisait sans doute une blague, elle n'attendait aucun visiteur ce jour-là. 

Intriguée, elle se rendit au comptoir pour y découvrir un magnifique bouquet de fleurs composé de roses, d'œillets, d'amaryllis, toutes d'un rouge flamboyant.

- « On dirait bien que quelqu'un pense à toi ! » lui lança Patrick.

Son regard était malicieux et elle voyait bien qu'il attendait d'elle quelques explications, mais elle se contenta de lui sourire et repartit précipitamment, son cadeau dans les bras. Elle pria pour que personne ne la voit mais ce fût peine perdue. Cinq de ses collègues ne tardèrent pas à débouler dans son bureau, aussi excités que curieux. 

- « Qui t'envoie ce joli bouquet ? Un client qui a flashé sur ton dernier rapport? » demandèrent-ils en riant.

- « Mais non, c'est mon anniversaire ! » leur mentit-elle pour arrêter-là leur suppositions stupides.

Elle ne put échapper aux bises de circonstances, mais réussit à les repousser gentiment hors de son bureau et à en refermer la porte. 
Elle pouvait enfin réfléchir posément à la situation. 
Si elle n'avait aucun doute sur l'expéditeur de ce magnifique bouquet, elle était beaucoup plus mal-à-l'aise quant à la raison pour laquelle il l'avait envoyé. D'habitude il se contentait du petit dessin d'une rose rouge qu'il lui envoyait par SMS pour lui signifier qu'une fessée l'attendait. Mais tout un bouquet, réel qui plus est, jamais elle n'en avait reçu. Peut-être que cela n'avait rien à voir avec leur petit jeu secret ? Mais ce n'était pas son anniversaire et elle n'avait pas vraiment la conscience tranquille. Ce pouvait-il que ce soit juste une coïncidence, que ce bouquet ne signifiait rien de plus que la joie qu'il éprouvait à la revoir après une semaine d'absence ? 

Elle s'approcha du bouquet et aperçut la petite carte dorée agrafée au papier cristal qu'elle décrocha d'une main tremblante. 

« Bon week-end» suivi de ses initiales, rien de plus n'y était inscrit. 

(A suivre …)