samedi 16 juillet 2016

Punition


Elle entra dans la chambre et posa la brosse sur la table.  Il avait placé la chaise un peu en retrait à côté du lit. Si d'ordinaire cette petite attention la faisait sourire, c'est avec un peu d'appréhension qu'elle la contemplait aujourd'hui. Non pas qu'elle craignait d’être punie, jamais elle n'aurait eu peur de cela, mais elle craignait de l'avoir réellement fâché. Au moment où ils s'étaient retrouvés, il s'était contenté d'à peine effleurer sa joue, puis ils avaient marchés, côte à côte, presque silencieux. Parfois elle effleurait ses doigts mais jamais il ne saisissait sa main. Etait-il simplement préoccupé ou la punissait-il déjà ? Elle n'aurait su le dire. 

Cela faisait des jours qu'il lui envoyait des messages, lui expliquant pourquoi et comment elle devait être sévèrement punie. Par le passé, elle lui avait dit qu'elle aimait ressentir l'appréhension qui précède parfois une fessée et elle avait pensé qu'il s'appliquait à lui offrir ce cadeau. Mais ne lui en voulait-il pas sérieusement? Il avait toutes les raisons pour cela et elle en était sincèrement désolée...

Il réapparut dans la chambre, sans un mot s'empara de la brosse et se dirigea vers la chaise. Il releva les manches de sa chemise. Il faisait toujours cela avant de la fesser. D'ordinaire cela la faisait rire, elle s'exclamait qu'il ne faisait cela que pour lui faire peur, mais ce jour-là elle se contenta d'un petit sourire triste. Lui ne souriait pas, il était toujours aussi concentré. 

- Tu sais pourquoi je vais te punir aujourd'hui, n'est-ce pas ? 

Elle acquiesça timidement. Il lui rappela chaque raison, très calmement. Il était déterminé, elle pouvait le lire dans son regard, et c'est avec soulagement qu'elle le sentit l'agripper par le bras et la basculer sur ses genoux.
Comme il l'avait prévenue, il releva sa jupe, la déculotta sur le champ et la brosse commença aussitôt sa danse infernale. Tandis que la fessée progressait, il continuait à la sermonner, lui faisant promettre de ne jamais plus recommencer. Elle était attentive à ce qu'il disait et ne prêtait guère d'attention à la douleur qu'elle ne parvenait pas à ressentir. Il ne devait pas frapper fort car d'habitude elle ne supportait pas d'être fessée avec cet instrument qu'elle réservait exclusivement à ses "vraies" punitions. 

- Relève-toi et va au coin !

Elle obéit sans protester. Elle ne protestait jamais lorsqu'elle était réellement punie... 

Après quelques minutes d'attente dans un silence pesant, il lui ordonna de revenir vers lui et de reprendre place sur ses genoux. Cette deuxième fessée devait être plus sévère que la première, il l'en avait également prévenue. Il lui expliqua pourquoi elle devait être à nouveau punie et la brosse reprit sa dance. Il frappait un peu plus fort et s'appliquait à faire tomber les coups toujours au même endroit jusqu'à ce qu’elle manifeste son inconfort. Il changeait alors de cible.
Elle n'avait aucune idée du temps qui passait, mais c'est avec étonnement qu'elle sentit qu'il la relevait. Il l'assit avec précaution sur ses genoux et l'embrassa très tendrement. La tête posée sur son épaule, elle l'écouta lui dire qu'elle était pardonnée, que tout ce qu'elle avait fait était à présent effacé de leur histoire. Le temps s'était arrêté, une grande douceur avait envahi la pièce. Elle voulait rester dans ses bras et il n'avait aucune envie qu'elle les quitte. Ils firent l'amour, très tendrement, tout en douceur et en caresses.
Alors qu'il la tenait serrée contre lui, elle lui glissa à l'oreille qu'il aurait dû la frapper plus fort, qu'elle n'avait pas vraiment eu mal pendant sa punition. Il lui promit de reprendre son châtiment un peu plus tard, mais pour le moment il voulait lui offrir une toute autre forme de jouissance et s'y employait merveilleusement…

Quand il décida que le moment était venu, il la tira brusquement à lui et reprit place sur la chaise. Il se ressaisit de la brosse et s'appliqua à la fesser sévèrement. Elle était très excitée, protestait pour la forme mais ne parvenait toujours pas à avoir mal. Il finit par abandonner la brosse et se mit à lui claquer les fesses de ses mains.

- Pourquoi tu ne me frappes pas plus fort avec la brosse ? 

- Je t'ai frappé fort, cette fois-ci. Regarde...

L'objet de ses tourments gisait sur le lit, fracassé, fendu en deux de part en part. 

- Oh, s'écria-t-elle interloquée. 

Elle se releva et l'embrassa. Cela ne servait à rien de continuer, elle n'aurait pas mal aujourd'hui. Quand elle voulait vraiment être punie, il lui arrivait parfois de ne pas réussir à percevoir la douleur. Etait-ce un blocage psychologique ou bien l'effet de ces maudites granules d'arnica qu'il avait voulu qu'elle prenne pour ne pas qu'elle garde de marques mais dont elle soupçonnait les effets un peu anesthésiants ?

Ils retournèrent sur le lit et reprirent leurs ébats là où ils les avaient laissés. Il était un amant extraordinaire, le plus attentionné qu'elle n'ait jamais eu. Ces moments de fusion dégageaient une telle intensité qu'ils en étaient toujours surpris, l'un comme l'autre. Il n'y avait jamais de temps mort entre eux. Leurs corps ne se séparaient que pour de petits jeux, des fessées impromptues aussi fortes qu'inattendues. Il était incroyablement inventif et ne cessait jamais de la surprendre. Ces fessées-là partaient en éclats de rire et montées d'adrénaline. Elle en ressortait les fesses brûlantes et le cœur palpitant. Il s'engouffrait alors en elle, avec une infinie douceur qui contrastait avec l'orage qui s'était abattu dans la pièce quelques instant auparavant...

Il était déjà tard quand ils décidèrent de quitter leur chambre. Elle lui avait promis d'apporter de quoi déjeuner mais ne l'avait pas fait, ce qui lui valut une toute dernière fessée. Combien en avait-elle reçu ce jour-là? Elle n'aurait su le dire, elles étaient beaucoup trop nombreuses. L'une d'elle l'avait tout particulièrement amusée et c'est avec un petit pincement au cœur qu'elle referma la porte.

Il faisait très beau ce jour-là. Ils s'installèrent à la terrasse d'un café et commandèrent de quoi grignoter. Il s'amusaient à regarder les passants, les touristes, à écouter les lourdes plaisanteries du garçon qui les servaient. L'atmosphère était douce. Elle se sentait comme dans du coton. Il en était toujours ainsi après leurs rencontres. 

- Qu'est-ce que tu as fait de la brosse ?
- Je l'ai jetée, que voulais-tu que j'en fasse ?
- Tu en as pris une photo au moins ?
- Ah non, mince… 
- Tu sais ce que ça mérite ?
- Avec une nouvelle brosse alors ?
- Oui, mais pas de la camelote cette fois...

Ils se sourirent.
Y aura-t-il une nouvelle fessée à la brosse? Ni l'un ni l'autre ne le savent encore...

3 commentaires:

  1. Peter Pan17/7/16

    Bonjour Amandine,

    "Projection", "Punition", hum, on suppose un enchainement de petits épisodes intimes. La chute du récit est amusante et semble un prétexte à de futures retrouvailles... cuisantes. Non ? "Pardon" : le titre d'un prochain récit ?
    On est pressé de connaître la suite. Merci pour ces moments particuliers. Talentueux.
    Peter Pan.

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    1. "Eclairage" et "Projection" étaient deux prologues à "Punition". Y aura-t-il une suite? Je ne pense pas, le "Pardon" a déjà été donné. Et puis nous ne sommes jamais meilleurs que dans l'improvisation, n'est-ce pas? :-)

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    2. Peter Pan17/7/16

      Bonjour Amandine,


      C'est juste. L'improvisation fait appel aux ressentis sans plan préconçu. C'est valable et efficace sur des récits à la fois détachés et proches.
      C'est l'essence même des commentaires : on lit, on réagit, on écrit.
      C'est un peu comme pour le "Dico des Sens" auquel vous nous avez invité à participer en 2014 et qui fut l'occasion, pour nous tous et toutes, fidèles visiteurs de votre Blog , de vous offrir nos meilleurs textes et poèmes tout en improvisation.
      Quant j'y pense, quel beau "match des mots" et surtout merci à vous.
      Peter Pan.

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