dimanche 27 novembre 2016

Quatuor (3)


Les fessées sont comme les crêpes. Il y en a des simples, des doubles, des sucrées, des salées. Puis des complètes, des super-complète, des gargantuesques... Celles que reçurent Thomas et Patrick étaient sans conteste des gargantuesques super-complètes ! 

Tout y passa, la main, le martinet, la baguette, la brosse, le paddle en cuir, le paddle en bois, la canne et même les ceintures qu'Amandine et Lise retirèrent des pantalons qui traînaient à terre. Elles purent constater que les croupes masculines rougissent aussi bien et aussi vite que les féminines, et se contorsionnent sous les coups avec autant de frénésie. Elles constatèrent aussi, avec un grand plaisir, que les vocalises poussées par ces messieurs, quand ils sont soumis à un traitement énergique, n'ont rien à envier à celles de leurs compagnes, même si elles se situent, bien entendu, dans un registre sonore plus grave... Elles préférèrent ignorer, en revanche, les menaces, promesses et supplications dont leurs compagnons ne furent pas avares, dans ce moment si délicat pour leur amour-propre et pour leur carnation.

Mais les meilleures choses ont une fin, et les deux amies réalisèrent avec une certaine appréhension qu'elles ne pouvaient éternellement maintenir leurs captifs hors d'état de nuire, et que la probabilité de dures représailles de leur part était aussi forte que celle d'une défaite de la gauche aux prochaines élections. Elles tentèrent en vain un stratagème : détacher simultanément les deux prisonniers puis se précipiter à l'étage pour s'enfermer dans la chambre d'Amandine.

Face à cette retraite, les deux hommes prirent leur temps. Ils se rhabillèrent, en grimaçant quand il remirent leurs pantalons sur leur postérieurs endoloris, puis attendirent patiemment à la porte de la chambre la sortie des deux délinquantes.

Je ne crois pas qu'il ait besoin de raconter ce qui arriva à ces gourgandines quand elles pointèrent le bout de leur nez... Ce n'était pas d'ailleurs à leur nez que leurs compagnons en voulaient... Bref, il est des scènes tellement terribles qu'il vaut mieux les imaginer que les décrire.

Les jours qui suivirent cette scène mémorable furent plutôt moroses. Non pas parce que les derrières des quatre acteurs restèrent longtemps sensibles et douloureux, mais parce que les deux hommes étaient vraiment furieux du tour que leur avaient joué leurs femmes.

Patrick décida que puisqu'il en était ainsi, il allait se comporter en vrai macho, préférant les phrases blessantes aux fessées complices. Le reste du temps, il s'enfermait dans une bouderie permanente, ne répondant à Lise que par monosyllabes.

Thomas choisit aussi le silence, épistolaire et téléphonique, en se disant in petto qu'il faisait ainsi d'une pierre deux coups, en se vengeant de la trahison d'Amandine, mais aussi des comparables périodes de black-out qu'elle lui avait, elle aussi, infligées dans le passé.

Mais le temps et la tendresse firent leur oeuvre. Amandine et Lise firent tant et tant pour se faire pardonner, que finalement, au prix de quelques magistrales fessées supplémentaires, elles obtinrent miséricorde de la part de leurs amoureux. A tel point qu'une nouvelle rencontre fut envisagée, pour définitivement effacer l'effet désastreux de la précédente.

La scène se déroula à Dieppe et non à Calais, mais ce fut quasiment comme les bourgeois de cette cité, immortalisés par Rodin, en chemise longue et la corde au cou, que les deux retorses femelles durent se présenter devant leurs maîtres et seigneurs pour une nouvelle punition, deux fessées super-monumentales qui restèrent à jamais inscrites dans les annales des plus belles raclées infligées à un cul féminin... Mais ensuite, joie et bonne humeur revinrent au sein de ce singulier quatuor.

Au moment de se séparer, à l'issue de cette grande réconciliation, Thomas lâcha incidemment : "la prochaine fois, j'arriverai par le train de 15h58". "Oh, et bien, Lise et moi arriverons quand même en début d'après-midi", répondit Patrick, l'air faussement indifférent. Un grand silence accueillit ces déclarations anodines en apparence, mais qui sonnaient comme autant d'aveux et d'espoirs. Un long échange de regards, qui en disait long sur la suite des événements, s'ensuivit.

FIN

19 commentaires:

  1. Concerné27/11/16

    Je me demande maintenant bien pourquoi, (et je sais que tu t'es posé la même question), les deux hommes boudent aprés cette mémorable après-midi . Quel manque de fair-play ! Si c'était à réécrire, je supprimerais cette machiste bouderie. Et les lecteurs vont-ils etre assez perspicaces pour comprendre le sens du dernier paragraphe ?

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    1. La fessée est un jeu où le consentement est primordial. Si les deux femmes étaient dans des relations où seules elles recevaient la fessée, elles n'avaient aucun droit d'infliger cette correction à leurs partenaires et cela me semble tout-à-fait normal qu'ils y réagissent violemment, même si la correction n'était pas différente de celles qu'ils infligeaient habituellement au derrière de leur bien-aimée. Il leur a fallu un temps (plusieurs jours ou semaines?) pour analyser ce qu'ils avaient ressentis et s'apercevoir que finalement ils avaient bien aimé et qu'ils aimeraient bien recommencer (comme l'indique le dernier paragraphe). La seule chose qui me met un peu mal-à-l'aise dans cette histoire est relative au pardon. Normalement, quand on applique une correction, on s'engage à pardonner l'autre à son issue. Pour moi, cette condition est extrêmement importante, cruciale même pour que l'on ne confonde pas violence et discipline. Or ils avaient déjà corrigé leurs compagnes quand elles étaient sorties de la chambre, ils auraient dû leur pardonner à ce moment-là, ou ne pas les corriger et attendre d'y voir plus clair et d'être (ou non) prêt à le faire par la suite. Mais la faute étaient si grande, je suppose qu'ils n'avaient plus l'esprit très clair... :-)

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  2. Concerné27/11/16

    Bien vu... Je n'y aurais pas pensé, mais maintenant que tu le dis, ça semble clair. Tu devrais avoir un blog, Amandine, pour exposer tout ce que tu ressens sur la fessée...

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    1. Peut-être, je vais y réfléchir... ;-)

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  3. Peter Pan27/11/16

    Bonjour Amandine (et Mr Concerné),

    Deux mots : Match nul. 2 à 2.
    La surprise (?) des filles a mis à mal la suprématie des garçons, touchés dans leur égo qui a pris une sacrée déculottée !!! Wahou. Qui a dit que les femmes sont des êtres faibles et facilement effarouchables ?
    Naturellement, leur première réaction, d'homme, est du domaine de la vengeance, de rendre gorge à leurs arrogantes compagnes, pour leur forfaiture.
    Mais au fond, tout le monde ne demande qu'une chose: quant remet-on cela ?. Sans oser les l'avouer réciproquement.
    La bouderie semble formelle au final. Les "non-dit" comme dirait Isabelle. Mais toute faute doit s'accompagner du pardon, A défaut, la personne corrigée pense avoir perdu l'amour de sa ou son partenaire. Il ne faudrait pas que le jeu aboutisse à un flottement des sentiments. Ce serait dommage. Non ?
    Peter Pan.

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    1. Vous avez tout-à-fait raison, Peter Pan, le pardon est fondamental dans la solidité d'un couple et c'est pour cela, en plus d'entretenir le désir sexuel, que la fessée joue, à mon sens, un rôle très important.
      Elle permet la concrétisation du pardon, sans avoir nécessairement besoin de ces mots qui sont parfois si difficiles à dire...
      Faut-il pour cela que les rôles puissent être inversés ? Tout dépend du fantasme de chacun. Mais si les rôles ne sont pas inversés, il faut que le dominant sache s'excuser lorsque la faute lui revient. C'est l'une des caractéristiques du rôle, d'être juste et honnête. Ce n'est pas si facile! :-)

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  4. Peter Pan27/11/16

    Bonjour amandine,

    J'ose espérer que les "représailles" n'ont pas été trop douloureuses. "Il faut être sévère mais juste" disait ma grand-mère. Ni trop, ni trop peu. Pour la faute, sans excès. Sévère mais magnanime. Enfin c'est mon avis.
    Sur la photo, le monsieur semble très, très impatient, à en juger par les mouvement des doigts. Que nous réserve t-il ? Hum... Mystère.
    Peter Pan

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    1. Le texte ne donne pas trop de détails concernant la punition infligée aux deux pénitentes, mais à priori cela a été plutôt très sévère... Mais tout cela n'est que fiction, dans la réalité, les choses sont toujours plus modérées. Heureusement ! :-D

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    2. Sur la photo, l'homme a "la main qui le démange". Je ne sais pas si c'est exactement cela que les dominants ressentent lorsqu'une faute "réelle" a été commise, mais j'ai parfois l'impression que oui. :-D

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  5. Merci au quatuor pour l'interprétation avec maestria de cette sonate en trois mouvements : moderato, andante, vigoroso ...

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    1. Je transmets avec grand plaisir ces remerciements à l'auteur de cette belle symphonie ! :-)

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  6. Peter Pan27/11/16

    Professeur,

    Très juste. Et , j'ajouterais même : un concerto à quatre mains en Ré majeur !!!! Bellissima ! Dirigé de mains... de maitresses !! Bella Donna , musique s'il vous plait !!!
    Peter Pan

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    1. Quand j'ai lu ce texte, je l'ai plutôt vu comme la suprématie des mâles, dont les perfides femelles ne pouvaient se jouer sans cuisantes représailles ! :-D

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  7. Peter Pan27/11/16

    Bonsoir Amandine,

    L'union fait la force et en cela les femmes peuvent se révéler audacieuses et implacables. Mais vous semblez y avoir bien réussi avec la complicité de votre "alliée" plutôt inattendue.
    Enfin, si la tempête s'est apaisée, il est temps de regagner des eaux plus tranquilles. C'est le principal. Mais vous avez montré que désormais, il leur faudra compter avec vous, en toutes circonstances. Rires.
    Peter Pan.

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    1. Mais n'oubliez pas que tout cela n'est que fiction ! S'il m'arrive de donner la fessée à un homme, ce n'est que dans un but purement érotique, je serais bien incapable de donner la correction monumentale qui est décrite dans ce récit ! :-D

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    2. Peter Pan28/11/16

      Bonjour Amandine,

      heureusement que tout cela n'était qu'une fiction !! Vous me rassurez !! Ouf !!!!
      Mais vous êtes trop gentille et certainement un tantinet romantique pour vous montrez terrrriblement sévère ! "Maitresse Amandine ?". Enfin, c'est vous qui voyez.
      Peter Pan

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    3. S'il m'arrive de donner la fessée à un homme, c'est uniquement dans un but érotique. Je ne serai jamais une "Maîtresse", ce n'est pas du tout mon fantasme (et je me sentirais profondément ridicule dans ce rôle-là!) :-)

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  8. Ventoux28/11/16

    Encore un texte des plus émouvants !
    Quel couple de notre monde n'a pas rêvé de croiser un jour un autre couple qui résonne à l'unisson ?
    Il faudra que nous expérimentions la première phase, de parler à haute voix de la fessée dans un lieu public pour voir les réactions, c'est probablement intéressant... loin de chez soi, lol.
    Ensuite... les fesses ont un peu chauffé, certes, mais n'est ce pas aussi un bon moyen de se libérer pour être plus proches ?
    Enfin, je dis ça, mais ce ne sont pas mes fesses !!!

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    1. Ah oui, il ne faut surtout pas se priver de faire des allusion à la fessée en public (bien sûr, de préférence dans un lieu où l'on n'est pas trop connu)! Moi, j'avoue que ça m'amuse énormément, mais au final, très peu de gens réagissent et je n'ai pas l'impression d'avoir jamais rencontré d'autres adeptes de nos jeux cuisants. Mais qui sait, en persévérant... :-D

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